The Wilderness of Girls

roman de Madeline Claire FRANKLIN

Gallimard jeunesse, 2025, 373p. (Elégy)
Gallimard jeunesse, 2025, 373p. (Elégy)

Quatre jeunes filles vêtues de peaux de bêtes et protégées par une meute de loups. C'est la rencontre que fait Rhiannon dans le bois ce jour-là. Sont-elles des princesses égarées venues d'un royaume merveilleux comme elles le croient, ou les victimes d'un dangereux kidnappeur qui leur aurait fait subir un lavage de cerveau ? Quand Rhiannon est témoin de phénomènes qu'elle ne peut expliquer, la limite entre surnaturel et réalité se fissure de façon inquiétante...

 

(4e de couverture)

Mon avis :

C'est le genre de roman où l'on se demande si l'on est dans une intrigue fantastique (les sauvageonnes ont-elles vraiment des pouvoirs magiques?) ou si l'on se trouve dans une intrigue psychologique (Qui était Mère, l'homme qui les a élevées dans la forêt? Et quelles étaient ses intentions?). En réalité c'est un texte très complexe dans son contenu, dans le sens où il est rempli de métaphores et de symboles, de réflexions sur la perception du monde et de soi.

 

Tout commence avec la crise identitaire de l'héroïne. Témoin de l'arrestation de son père pour détournement de fonds, victime de l'abandon de sa belle-mère, Eden est recueillie par son oncle (le frère de sa mère morte) et commence une nouvelle vie sous le nom de Rhiannon. C'est plutôt une bonne chose pour elle vu les relations qu'elle entretenait avec son père et Vera. Sa rencontre, dans la forêt (elle a suivi une formation de ranger, comme son oncle), avec les quatre "sauvageonnes de Happy Valley" est une révélation: elle rêverait d'être libres comme elles, de partager leur sororité et leur complicité. Et si elle était la cinquième "princesse", celle que Mère a annoncé dans sa prophétie? Rhi rêve avec elles d'un autre monde, d'une autre vie.

 

On suit également Sunder, Verity, Oblivienne et Epiphanie dans leur adaptation aux codes de notre société ("Elle trouve épuisant de devoir constamment penser à sa façon d'interagir avec le monde. C'est épuisant de faire sans cesse attention. Dans la nature, elle était elle-même, tout simplement.") ainsi que leurs propres interrogations: "Qui on était avant de vivre dans la forêt"? Le portail vers Leutheria existe-t-il? Il y a celle qui y croit dur comme fer, celles qui doutent... et celle pour qui ne plus réussir à y croire est insupportable.

 

J'ai trouvé intéressante la réflexion sur le destin: la vraie liberté, ce n'est pas la vie sauvage - ou n'importe quelle autre existence imposée - mais la vie choisie. Passer (ou non) le portail de Leutheria pour Rhi, c'est choisir d'abandonner sa vie actuelle avec la promesse d'un avenir où elle se sentira à sa place. Mais n'est-ce pas fuir son passé, fuir la solitude, la confusion, la douleur, au lieu de les accepter comme faisant partie de soi afin d'aller de l'avant ("Elle n'aura jamais d'avenir si elle consacre toutes ses forces à fuir son passé")?

 

Le souci que j'ai eu à cette lecture, c'est que, outre le fait que le récit contient des longueurs, des passages un peu répétitifs et des interrogations sans réponses, il condense toutes sortes de sujets graves (famille toxique, deuil, suicide, violences conjugales, viol) qui finissent par faire d'une histoire mystérieuse un roman pesant.

 

Patricia Deschamps, janvier 2026


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