Songe à la douceur

de Clémentine BEAUVAIS

Parfois, s'aperçoit-elle, on veut trop bien faire.

Sarbacane, 2016, 240 p. (Exprim')
Sarbacane, 2016, 240 p. (Exprim')

             Un jour                          dans le métro

Tatiana

                   croise

                                             (par hasard)

Eugène.

 

Voilà dix ans

dix ans !

qu'ils ne se sont pas vus.

 

Elle avait quatorze ans      (une gamine)

Lui dix-sept - presque un homme.

 

Elle était rêveuse romantique idéaliste

Il transpirait l'ennui le spleen le khandra

Ils se sont

manqués.

 

Et dix ans après ?

                             Est-ce que tout a       changé ?

 

Mon avis :

"Jeune homme à la fenêtre", Gustave Caillebotte, 1876
"Jeune homme à la fenêtre", Gustave Caillebotte, 1876

Un roman sentimental qui tient essentiellement pour son écriture atypique.

Comme Charlotte de Foenkinos, ce livre est écrit en vers avec jeu de mise en page. Si ce style d'écriture peut sembler déstabilisant au départ, on s'habitue assez vite, se laissant guider par le souffle d'un texte qui impose son rythme avec ses retours à la ligne plus ou moins réguliers.

Eugène, jeune aristocrate blasé, quasi dépressif ("Il a tout essayé et tout lui a déplu") est presque antipathique. A l'opposé, Tatiana la banlieusarde douce et discrète, empreinte du romantisme de ses lectures, est une adolescente touchante. Pour elle, cet été-là dans son jardin, c'est le coup de foudre. Elle se laisse envahir par "ses fantasmes d'Eugène", tandis que lui conserve la froide distance de celui que l'amour (comme le reste) ne peut étonner, encore moins émouvoir. Entre eux c'est le clash, sans que l'on en connaisse la véritable cause.

Le classique dont s'est inspirée l'auteur
Le classique dont s'est inspirée l'auteur

Car la narratrice joue avec son lecteur, le ballottant entre présent et passé. Dix ans plus tard, retournement de situation, les rôles sont inversés : "Là où le présent caresse, plus tard le passé pince". Ému de retrouver Tatiana, bousculé par le sentiment d'avoir autrefois manqué une relation prometteuse, Eugène fantasme sur la jeune femme : "Il en rêva tous les jours". "Et s'il avait mené une vie véritablement excitante avec elle" ? "Peut-être que justement, si les choses avaient été différentes"...? L'amour peut-il être un révélateur? Malheureusement Eugène se heurte à l'hésitation de Tatiana : "La vie de Tatiana n'était plus ce qu'elle avait été (...) C'était la vie de quelqu'un d'occupé, de passionné, de structuré et de studieux", "Elle a trouvé son chemin sans toi". Peut-on faire renaître une passion adolescente ? A cet âge, "on ressentait les choses plus puissamment"... Pour Tatiana, "ce n'est plus le moment" et surtout, quelque chose s'est brisé ce jour-là.

 

On ressort de cette lecture avec un sentiment mitigé. Si l'on devine en germe deux-trois réflexions intéressantes, l'écriture souffre de quelques longueurs. Au bout du compte l'histoire se résume à peu de chose et le livre donne l'impression d'être avant tout un exercice de style. 

Patricia Deschamps, janvier 2017

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