Mauvaises intentions

recueil de nouvelles de Roald DAHL

Gallimard jeunesse, 2000, 189 p.
Gallimard jeunesse, 2000, 189 p.

 

Est-il bien prudent, après une passionnante partie de bridge, de mettre sur écoute la chambre de ses invités ? Comment des policiers chargés d'élucider un meurtre peuvent-ils en venir à manger l'arme du crime ? Que faire d'une toile de maître tatouée sur le dos d'un vieil homme, surtout si celle-ci vaut des millions ?

 

Ces neuf nouvelles ironiques transforment des situations cocasses ou horrifiantes en satires sociales incisives.

Mon avis :

Neuf histoires saisissantes d'humour noir.

Ce recueil de nouvelles destinées à l'origine, je pense, à un lectorat adulte, se démarque des romans jeunesse, essentiellement drôles et fantaisistes, qui ont fait la célébrité de Roald Dahl. Certes les chutes font souvent sourire, mais elles ont également un petit côté dérangeant qui donne matière à réfléchir.

 

Dans "Le chirurgien", si un diamant d'une valeur inestimable vient "empoisonner l'existence" saine et heureuse du héros, tout est bien qui finit bien. Il est aussi question d'argent dans "Plouf!", mais cette fois, l'appât du gain pousse le protagoniste aux pires extrémités... Cependant, toujours sur le même thème, j'ai trouvé que c'était "Peau" la plus sordide : un vieil homme à la rue détient, dans le dos, un tatouage superbe réalisé par un jeune peintre devenu célèbre ; ce tableau particulier, "comment puis-je le vendre?". Les acquéreurs mal intentionnés sont nombreux et seront manipuler cet homme en souffrance...

 

Le très drôle "Coup de gigot", qui ouvre le recueil, ne prépare pas au choc de la deuxième, "Foxley le Galopant", où il est question d'un harcèlement ignoble : le narrateur, 50 ans après, est encore traumatisé par le surveillant "qui m'avait fait tant souffrir que, à un moment de désespoir, j'avais même envisagé le suicide"... Dans "La machine à capter les sons", l'auteur dénonce la "clameur déchirante" de la nature maltraitée par l'homme. L'imagination rejoint la réalité de manière surprenante dans l'histoire de l'enfant pris à son propre "Jeu" sur le tapis du couloir. Les jeunes braconniers de faisans dans "Le champion du monde" se feront aussi berner par leur idée, élaborée par orgueil. Tout comme il y a de l'orgueil (et de la malhonnêteté) à tricher aux cartes : qui est "Ma blanche colombe", la jeune femme qui cache son jeu ou l'épouse riche et autoritaire qui impose ses décisions à son faible époux ?

 

Ainsi, à la manière d'un Maupassant toujours étudié pour ses nouvelles réalistes à chute, Roald Dahl dénonce les bassesses humaines à travers des situations du quotidien très évocatrices, dans lesquelles on s'immerge aussitôt, mais prenant une tournure inattendue. Des histoires à raconter, à méditer, et nul doute qu'à la relecture on y trouverait encore quelque subtilité!

Patricia Deschamps, avril 2019


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