Métro Z

de Fabien CLAVEL

Comme il doit être reposant de se glisser dans ces chemins identiques et de reproduire à l'envi un parcours invariable. Suivre le flot, le bercement régulier qui endort la conscience.

Rageot, 2014, 213 p. (Thriller)
Rageot, 2014, 213 p. (Thriller)

Comme tous les jours après les cours, Emma rentre chez elle en métro.


Sauf que ce soir, elle a la charge de son petit frère autiste, Nathan.

Et que, pas de chance, plusieurs explosions immobilisent soudain les rames, créant un effroyable mouvement de panique. Bombes ? Attentat ? Mais alors pourquoi empêche-t-on les victimes d'évacuer ?


Comme les autres, Emma a suivi le mouvement de foule. Jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle a perdu Nathan ! Elle rebrousse donc chemin, inquiète. Et croisent des silhouettes qui errent en pleine hébétude, les pupilles complètement rétrécies. Terrifiantes...

Mon avis :

Ecouter Ligeti, "Lux Aeterna" (p.88)
Ecouter Ligeti, "Lux Aeterna" (p.88)

Un roman qui est autant une histoire de zombies que celle d'une relation frère-sœur.

Dès les premières pages, Emma laisse éclater sa rancœur envers ce petit frère qui accapare l'attention de ses parents depuis sa naissance. Elle l'a bien compris, l'arrivée de Nathan l'a rendue "transparente et insipide comme de l'eau"... A la maison, "on vit au rythme de Nathan" et la jeune fille se sent délaissée. De plus, étant autiste, Nathan est incapable d'exprimer le moindre sentiment, et c'est à peine s'il parle. Difficile de se lier avec lui !

D'ailleurs, quand Emma le retrouve au milieu des zombies, il semble "comme un poisson dans l'eau", se calant sans peine sur la transe hypnotique des morts-vivants qui errent. Comme souvent dans ce genre de livre, la "zombie attitude" évoque la conscience endormie des foules lasses, "ces milliers de clones connectés qui ne décollent pas les yeux de leur portable"... Critique d'une société amorphe, qui séduit Emma un moment, puisqu'elle signifie aussi "ne plus souffrir (...) Oublier le reste".

Mais celle qui ne se considère pas comme une héroïne va se découvrir un attachement enfoui pour ce petit frère qui, au bout du compte, n'a pas choisi d'être comme il est... Tout comme ces victimes de l'explosion, qui n'ont pas demandé à devenir zombies. Au contraire, le PDG qui a survécu est, lui, un authentique monstre : d'égoïsme. Il est prêt à sacrifier les deux adolescents qui lui viennent en aide (Emma rencontre une graffeuse métisse, C-Byl, dans les couloirs du métro) pour s'en sortir...

Le récit manque un peu de style, recèle quelques incohérences (comme ce vagabond qui donne une radio à Emma pour qu'elle suive les infos extérieures, puis disparaît de l'intrigue), mais c'est une survie en huis-clos qui se laisse lire. Le roman se complète d'un dossier sur "l'histoire du zombie".

Octobre 2015


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