Les corps vont toujours avec une histoire. Et, quand on se moque de quelqu'un à cause de son corps, parce qu'il est trop ceci ou pas assez cela, on se moque AUSSI de son histoire, que très souvent on ne connait pas.

Papou, médecin à la retraite, entreprend un beau matin de raconter à son petit-fils pourquoi les gens sont beaux...
« Quand j'étais docteur, je peux te dire que j'en ai vu des corps ! Des tordus, des blessés, des noirs, des blancs, des maigres, des gros... Des corps, j'en ai vu, et toutes les histoires qui allaient avec ».
Car derrière les imperfections se cachent toujours des histoires, des traces de vie. Alors, pour Papou, c'est important de le répéter : l'anatomie n'a pas vocation à être façonnée par la société, le corps humain n'a pas de modèle parfait.
Mon avis :
J'avais entendu parler de Baptiste Beaulieu mais c'est l'enthousiasme de ma collègue éducatrice à l'IME qui m'a convaincue de lire ses albums. Le récit est court mais j'ai pris plein de notes! Il encourage à ne pas juger le physique des autres et aussi à être bienveillant envers son propre corps. Car "chaque corps a une histoire. La vie y a laissé son empreinte. Et quand tu connais cette histoire, ça change tout".
Ainsi, le vieux monsieur tordu a été carreleur pendant quarante ans. La jeune femme aux gants cache des plaques rouges dues au stress. La grosse touriste "s'est mise à manger pour mettre plusieurs épaisseurs entre elle et les autres". Chaque corps porte les cicatrices de son vécu. Rejeter un corps, c'est nier l'histoire qui l'a façonné. Et de toute façon, l'important, c'est d'être heureux, pas de plaire" !
Et puis "ce qui est arrivé est arrivé, c'est bon ou mauvais, mais c'est arrivé, on ne peut rien changer au passé." Alors la question, c'est: "Qu'est-ce que j'en fais, MAINTENANT ?". L'auteur encourage à voir son propre corps comme un ami "qui porte pour nous une part de notre fardeau". Et surtout, "nos blessures guérissent mieux quand on les partage que quand on les cache. Alors, au lieu de rester chacun dans son coin, on devrait se dire: c'est quoi, ta blessure? C'est quoi, ton histoire? On se sentirait tellement moins seuls".
Arrêtons de faire semblant d'être fort·es. Les autres ne le sont pas plus que nous. Arrêtons de (se) critiquer. Nous sommes tout simplement humains.
Convaincue par cette première lecture, je compte bien en faire d'autres!
Patricia Deschamps, juillet 2026