Les carnets de guerre de Louis Barthas, 1914-1918

adaptation graphique de FREDMAN

Oh ! Patrie, que de crimes on a commis en ton nom !

La Découverte, 2018, 283 p.
La Découverte, 2018, 283 p.

En 1914, Louis Barthas a trente-cinq ans. Tonnelier dans son village de l’Aude, il est mobilisé au 280e d’infanterie basé à Narbonne. Il fera toute la guerre comme caporal. Il connaîtra le secteur sinistre de Lorette, Verdun, la Somme, l’offensive du Chemin des Dames; la boue, les rats et les poux; les attaques au-devant des mitrailleuses et les bombardements écrasants; les absurdités du commandement, les mutineries de 1917, les tentatives de fraternisation.

 

Au front, Barthas note tout ce qu’il voit, tout ce qu’il ressent. De retour chez lui, survivant, il va rédiger au propre son journal de guerre sur dix-neuf cahiers d’écolier. Le livre est devenu un classique depuis sa première édition en 1978 réalisée avec l’aide des petits-enfants de Louis Barthas et de la Fédération audoise des œuvres laïques.

(4e de couverture)

Mon avis :

lire le début de la BD
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Mois après mois, le caporal antimilitariste Louis Barthas raconte les principaux épisodes de cette longue et infernale guerre que fut "la der des ders".

A l'issue d'une brève et bienvenue présentation de l'homme et de la genèse de ses carnets, commence le récit illustré de ce qu'a vécu Barthas dans les tranchées, "de l'enfer au purgatoire et du purgatoire à l'enfer". Il y a beaucoup de textes, cependant l'écriture est prenante, et riche en tension et suspens dans les moments d'action. A l'effervescence de la mobilisation ("ces gens inconscients ont plus d'enthousiasme que de désolation") succède rapidement la réalité du quotidien de ceux "voués au sacrifice", qui s'enlisent rapidement dans une "lutte d'usure". Le fracas des obus, les pluies torrentielles qui noient les boyaux, la boue qui recouvre de la tête aux pieds, le froid mordant qui empêche de dormir, le "spectacle de désolation" que présentent les hectares de "terre convulsée, bouleversée", celui des charniers humains puants et infestés de rats maneurs de cadavres... Rien n'est épargné au caporal et son escouade, ni au lecteur, à travers ces larges vignettes à dominante brune.

 

Mais pour Barthas, ce n'est pas le pire. Le pire, c'est "le boniment patriotique". Celui des communiqués officiels qui enjolivent une situation partout déplorable et entretiennent les civils dans l'illusion d'une domination française. Les tromperies odieuses des officiers qui mentent aux hommes pour être sûrs d'être obéis (comme dire qu'on est relevé alors qu'on part au front...). Des ordres incohérents voire stupides de la part de dirigeants planqués ("bien au chaud, le ventre plein") et souvent incompétents ("Je me refuse à exposer inutilement la vie de mes hommes"). Barthas l'antimilitariste socialiste ne mâche pas ses mots - qu'il manie très bien - et a bien failli en perdre ses galons. Peu importe, il tient à dénoncer la "mesquine tyrannie" de ses supérieurs ("faussaires, menteurs, lâches") pour qui "nous n'étions que des bêtes de somme" ("c'était révoltant"), et à témoigner que sur le terrain, "la vérité était tout autre".

 

Heureusement il y a les élans de fraternité entre soldats, y compris allemands, "preuve que cette horrible guerre a été déchaînée contre le consentement des peuples". Et après quatre hivers de "fatigues, souffrances, dangers", le caporal Barthas, épuisé physiquement et moralement, est évacué pour la toute première fois. Ce que l'on retiendra au fil de ses anecdotes, c'est le courage de tous ces hommes durant leurs "54 mois d'esclavage". Et tandis que l'on referme ce témoignage précieux, on a une dernière pensée pour ces "sacrifiés sans pitié" à qui l'on doit tant... à commencer par le maintien de la paix, à tout prix.

Novembre 2019


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