Le secret de Grayson

Ami POLONSKY

Parfois il faut que tout s'écroule avant de pouvoir se reconstruire correctement.

Albin Michel Jeunesse, 2016, 333 p.
Albin Michel Jeunesse, 2016, 333 p.

Dans son monde imaginaire, Grayson est une princesse. Il a de longs cheveux blonds et il porte une magnifique robe dorée.

Dans la vraie vie, les cheveux longs et les robes chatoyantes, ce n'est pas pour les garçons. Grayson se cache dans des vêtements amples, évite les autres à tout prix et enfouit ses dessins au fond de ses tiroirs. Alors, Grayson fait semblant d'être ce que les autres voient, quitte à s'effacer complètement.

 

Jusqu'au jour où il décide de postuler pour la pièce de théâtre de l'école et décroche le premier rôle : celui de la déesse grecque Perséphone.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Un roman tout en sensibilité et émotion.

Grayson ne s'est jamais posé de question sur son identité : il est une fille. Mais il arrive à un âge où il "devient bien trop vieux pour faire semblant". Maintenant qu'il est en 6e, "son imagination ne fonctionne plus aussi bien qu'avant" et il est désormais difficile de croire que son pantalon soyeux est une jupe longue ou bien son t-shirt trop grand une robe... A la maison, il est délicat d'évoquer son mal-être : comme ses parents sont morts dans un accident de voiture quand il était petit, Grayson est élevé par son oncle et sa tante, couple sympathique mais un peu distant. Mais surtout il y a son cousin Jake à l'insulte facile ("Pauvre naze", "boulet", taré")... Alors Grayson s'isole comme il l'a toujours fait, regrettant d'être "trop vieux pour jouer à se déguiser", repensant "à l'époque du CM2 quand il me suffisait de faire semblant pour que tout aille bien". Désormais son corps lui "fait un effet étrange, comme si c'était celui d'un autre".

 

Tout change avec l'arrivée d'Amelia. Nouvelle, seule, elle se rapproche de Grayson dont elle est la voisine, de classe et d'appartement. Un début d'amitié s'amorce. Mais ce qui va véritablement épanouir le jeune garçon, c'est le club théâtre animé par son professeur de français M. Finnegan. D'emblée le personnage de Perséphone fait écho au propre vécu de Grayson : la séparation d'avec sa mère, le sentiment de vivre "aux Enfers". Grayson comprend intuitivement les émotions de l'héroïne grecque parce qu'il les ressent. Son jeu est juste et touchant. Mais interpréter le premier rôle féminin n'est pas sans conséquences, pour lui comme pour son professeur qui le cautionne... Amelia le trahit, les moqueries de Jack redoublent ("T'es pédé ou quoi?") et tante Sally laisse dire (pour elle ce n'est qu'une "lubie"). Et ce n'est qu'un avant-goût de ce qui attend celui qu'on "regarde avec haine" ou que l'on qualifie de "monstre"...

 

Mais Grayson sait qu'il est sur la bonne voie. Les lettres de sa mère qu'il récupère à la mort de sa grand-mère le prouvent : "Ses parents savaient et ce n'était pas un problème". Alors comme sa mère l'écrit si bien, le plus important est "qu'il soit fidèle à lui-même". Ainsi, après quelques tâtonnements ("Je ne veux pas ressembler à un phénomène de foire. Je veux être une vraie fille.") et de nombreuses réticences ("Ta tante cherche encore comment assimiler tout ça"), Grayson finira par s'affirmer ouvertement : "Mon moi extérieur est enfin en accord avec mon moi intérieur."

Novembre 2018

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