Un conte initiatique sur l'injustice du monde.

Depuis que les soldats désœuvrés ont fauché prématurément ses parents, Rêve vit avec sa grand-mère dans une ville de bric et de broc, une montagne-décharge, au bord de l’océan.
Elle ne sort que la nuit, dissimulant sa beauté aux hommes avides.
Parviendra-t-elle à s’échapper de sa ville de tôle et de barbelés ?
Mon avis :
J'ai reçu ce livre en spécimen au collège, il est proposé dans le cadre du programme de français 3e à la fois comme réécriture de conte et dénonciation de "l'injustice du monde". J'ai trouvé le dossier pédagogique en fin d'œuvre très pertinent.
Nous sommes dans un conte dans le sens où il n'y a aucune indication de lieu et de temps. Rêve et sa grand-mère (sur)vivent dans un pays dévasté par la guerre et la misère, dans un "taudis de tôle" au milieu de détritus et d'immondices, sorte de "décharge à ciel ouvert". Rêve fait les poubelles pour les nourrir. Sa grand-mère cache (sans grand mal) la beauté de la jeune fille sous la crasse afin de lui éviter d'attirer les soldats qui pullulent partout.
Mais voilà que deux anneaux viennent bouleverser ce fragile équilibre ("L'or dans le Pays de Rêve était la grande cause du mauvais œil"). L'or fait référence à l'exploitation aurifère du pays, au profit d'une élite (le "Grand désœuvré", comme est nommé le dirigeant), et qui sépare le peuple entre ceux qui en profitent et les autres. C'est aussi les alliances des parents décédés de Rêve, que la grand-mère garde jalousement, et qui séparent les deux femmes autour de leur possession ("Je finirai par récupérer de force mon dû").
La confiance revient grâce à l'union avec le garde ("Rêve ne partirait plus, ne l'abandonnerait pas") qui n'est autre que le fils du Grand désœuvré. Celui-ci n'a rien du prince charmant alors bannissez tout romantisme! Il ne dévoilera jamais sa véritable identité ("Il ne voulait pas qu'elles convoitent son or"), il vient juste pour emmener Rêve le temps de la nuit et la ramène chaque fois "juste avant que le jour ne se lève"... Jusqu'à ce qu'il se lasse d'elle.
Néanmoins cet amant aussi anonyme qu'éphémère a fait germer une petit graine en Rêve: celle d'un monde meilleur, ailleurs (d'où le double sens du titre). L'anneau en or devient alors le symbole de la liberté (à défaut de l'engagement) et ouvrira des possibilités nouvelles, bien qu'incertaines, à Rêve. On est donc dans un conte aussi parce que l'auteur contrebalance la dureté du thème évoqué par un texte qui ne manque pas de poésie.
A la fois bref et riche, celui-ci m'a donné envie de découvrir les romans adultes de David Diop, notamment Frère d'âme sur les tirailleurs sénégalais.
Patricia Deschamps, août 2025