Le Temps est un monstre qui, tôt ou tard, nous rattrape tous. Qu'importe la fortune ou le rang, il prend tout. (p.17)

En 1938, à Nuremberg, vit Ezekiel Levy, un horloger juif, qui raconte chaque soir à sa fille, Lisavet, l'histoire de l'espace-temps, une bibliothèque renfermant tous les souvenirs de l'humanité. Lors de la tragique Nuit de Cristal, sentant le danger, Ezekiel ouvre la porte de l'espace-temps et y enferme sa fille, la mettant ainsi à l'abri. Mais il ne reviendra jamais la chercher... Quelques années plus tard, lorsque des nazis s'y introduisent pour détruire des livres, et ainsi réécrire l'Histoire, Lisavet s'érige en résistante contre l'oubli et sauve tout ce qu'elle peut.
(4e de couverture)
Mon avis :
J'ai eu du mal à entrer dans ce livre. J'ai trouvé, au début tout du moins, que le fantastique prenait trop le pas sur le côté historique. J'ai également trouvé le rythme un peu lent. Et puis je me suis laissée prendre par la réflexion sur le temps, par le personnage de Lisavet et par son histoire d'amour avec Ernest l'espion américain.
Le travail des gardiens du Temps consiste à "décider ce qui reste et ce qui disparaît" dans la mémoire collective. Chaque gouvernement essaie bien sûr de réguler ce que l'on garde, dans leur intérêt. Bloquée dans l'espace-temps, Lisavet s'efforce de sauver les souvenirs de la destruction, d'abord ceux brûlés par les nazis puis ceux visés par les Russes et les Américains dans le contexte de la Guerre froide.
En parallèle, on suit la jeune Amélia, nièce d'Ernest. Les deux histoires (et les deux temporalités) vont peu à peu se rejoindre. Il est difficile d'en dire plus sans divulgâcher la finesse du scénario qui réserve de multiples rebondissements. Dans l'espace-temps, représenté sous la forme d'une gigantesque bibliothèque, Lisavet a le pouvoir de voyager dans les souvenirs des gens et donc à travers les époques. Elle devient "un condensé de tout ce qu'elle a traversé" alors qu'Ernest n'est qu'un "homme enfermé dans le seul cours de sa vie". Lisavet se promène dans le passé alors que "dans le monde réel, il n'y avait que le présent. Que l'avancée inexorable du Temps".
Avec un tel don, il est bien tentant d'apporter des altérations au passé... Mais à quel prix ? Et comment arrêter l'engrenage des modifications ? Ernest croit aux réalités parallèles: "Le Temps est une fragile architecture traçant mille versions d'une même existence". Mais peu importe la manière dont s'agencent les grands événements de notre vie: les rencontres essentielles, les liens fondateurs, les sentiments forts se tisseront quoi qu'il arrive.
Patricia Deschamps, juillet 2026