Le dernier jour d'un condamné

Victor HUGO (1802-1885)

Victor Hugo est considéré comme l’un des plus importants écrivains français, aussi impliqué dans la création littéraire que dans les combats politiques de son temps.

source image : biography.com
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Né à Besançon (Franche-Comté) en 1802, il est issu d'une famille catholique et monarchiste. Son père, Léopold Hugo, est général et comte d'Empire, et sa mère, Sophie Trébuchet, est issue de la bourgeoisie royaliste vendéenne. Il a deux frères aînés, Abel et Eugène. Son adolescence est marquée par une éducation faite de voyages et de lectures, et par des études brillantes à Paris.

 

A la parution en 1829 du Dernier jour d'un condamné, Victor Hugo est déjà célèbre : ses poésies de jeunesse lui ont valu la Légion d'honneur en 1825. Surtout, ses premières œuvres ont fait de lui le chef de file du romantisme naissant. Un cercle d'amis artistes comme Delacroix, Nerval, Théophile Gautier ou encore Balzac se rassemble peu à peu autour de lui : c'est le "Cénacle", qui se réunit dans son appartement parisien. Le Cénacle prendra son parti lors de la "bataille d'Hernani" (1830) en s'opposant aux conservateurs, tenants des thèmes et des règles théâtrales classiques, qui attaquèrent l'auteur avec une extrême violence à l'occasion de la première représentation de la pièce.

 

Il s'ensuit une période riche en production littéraire : Notre-Dame de Paris (roman, 1832), Ruys Blas (1838, théâtre), Les Châtiments, Les Contemplations, La Légende des siècles (poésie, 1853-1859), Les Misérables (roman, 1862), etc. Ces années sont aussi marquées par son élection à l'Académie française (1841), la noyade de sa fille Léopoldine (1843) et le début d'une longue période d'exil à Jersey puis Guernesey (1851-1869). De retour à Paris durant la Commune (1870), Hugo est élu sénateur, défendant avec passion les droits civils et politiques : il prône notamment l'abolition de la peine de mort, le suffrage universel et la liberté de la presse.

 

Sa mort en 1885 donne lieu à des funérailles nationales et une inhumation au Panthéon.

Sources : Encyclopédie Larousse en ligne, Petit classique Larousse 2006

Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamné à mort !

Larousse, 2006, 144 p. (Petits Classiques)
Larousse, 2006, 144 p. (Petits Classiques)

 

Par une belle matinée d'août, à l'issue d'un procès de trois jours, le verdict tombe pour l'accusé : condamné à mort !

 

Aussitôt il est transféré à la prison de Bicêtre. Un long compte à rebours de six semaines commence...

 

Comme on lui en a donné l'autorisation, le condamné entame le "journal de ses souffrances" en attendant la guillotine...

Mon avis :

L'histoire poignante d'un homme au seuil de la mort.

Écrite à la première personne afin que le lecteur vive "la tragédie de l'intérieur", l'oeuvre s'ouvre sur l'annonce du verdict : "Condamné à mort ! Condamné à mort !", se répète le narrateur qui semble étonné du jugement. On ne sait pas grand chose de lui, à part qu'il est jeune et issu d'une bonne famille, comme en témoignent sa redingote et sa chemise de baptiste ainsi que l'allusion à ses "années d'innocence et de bonheur". Chose étonnante, on ne connaît pas le motif de sa condamnation : qu'a-t-il bien pu faire de si terrible pour être guillotiné, lui qui semble si désœuvré par ce qui lui arrive ? La raison est peut-être politique, en tout cas ce qui est certain, c'est quand restant aussi généraliste, Victor Hugo a volontairement voulu évoquer les condamnés à mort dans leur globalité : ce court roman est avant tout un plaidoyer. Cet homme n'en est qu'un parmi tant d'autres, comme l'attestent tous "les fragments de pensée épars sur la dalle" (de la cellule) gravés par les hommes qui l'ont précédé, et également sa rencontre, le jour de l'échafaud, avec son "héritier" (le prisonnier qui récupère sa cellule).

 

Toute la première partie est une lente descente aux enfers, une "agonie de six semaines" pendant laquelle le condamné livre son ressenti lié à son enfermement dans cette "boîte de pierre" ("pris entre quatre murailles de pierre nue et froide, sans liberté pour mes pas, sans horizon pour mes yeux") auquel se mêle des souvenirs et l'évocation des "trois orphelines" que sa condamnation a faite : "après ma mort, trois femmes, sans fils, sans mari, sans père"... L'homme réalise tout ce qu'il a perdu à jamais et sa souffrance est tangible. Sa solitude également.

 

Car il est seul, ce condamné, durant les six dernières heures de sa vie sur lesquelles se concentre la seconde partie. Pourtant ça défile dans sa cellule : des geôliers, le directeur de la prison, un prêtre tout aussi blasé que les autres et qui l'excède par son indifférence. La scène où on lui amène sa fille Marie, trois ans, est émouvante : la petite ne reconnaît même pas son père. C'est là qu'il comprend, dans un mélange d'hébétude et de détresse, que tout est vraiment fini ("la dernière fibre de mon cœur est brisée")... C'est son tour de s'offrir, malgré lui, en spectacle au peuple, comme un animal de foire. Mais n'est-ce pas comme ça qu'il a été traité dès le début, bafoué dans son humanité, dans ce lieu où "tout flétrit", "tout se salit"?

 

Solidement documenté (jusque dans l'argot des dialogues, qui les rend quasi incompréhensibles), Victor Hugo dénonce la peine de mort mais aussi les procès bâclés et les conditions de détention déplorables. Un sujet qui reste malheureusement toujours d'actualité et qui fait toujours écho à notre époque.

Avril 2017

Delcourt, 2007, 47 p. (Ex-Libris)
Delcourt, 2007, 47 p. (Ex-Libris)

L'adaptation BD de Stanislas GROS

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Mon avis (★★) : Cette bande dessinée n'a pour seul intérêt que de faire découvrir le classique de Victor Hugo à qui n'est pas capable de lire l'original. Si les couleurs sombres et l'omniprésence de la mort flottant dans chaque vignette rendent bien l'atmosphère glauque et oppressante du récit, j'ai trouvé le graphisme déplorable, bâclé, ne donnant aucunement envie de rester plus que nécessaire en compagnie de ses planches ; j'ai d'ailleurs survolé cet album davantage que je ne l'ai lu. Aucune émotion ne nous touche réellement, pas même lorsque le narrateur reçoit la visite de sa petite fille, à peine quand il monte à l'échafaud. Le seul sentiment qui ressort vraiment est l'ironie dans certains propos du protagoniste. Décevant.

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