Le cœur en braille

Pascal RUTER

- La vie, mon vieux, c'est une étape de montagne, et pas un contre-la-montre.

- Il y a trop de côtes pour moi, ça dérape de partout et le vélo, tu sais, papa, ça fait mal aux fesses. Alors sans te vexer, pour m'encourager et m'apprendre la vie, faut trouver autre chose.

Didier jeunesse, 2012, 291 p.
Didier jeunesse, 2012, 291 p.

Victor est un cancre. Ne comprenant pas grand chose en cours, il a renoncé à travailler, préférant se consacrer à la passion qu'il partage avec son père : les Panhard, vieilles voitures des années 60. Il aime aussi passer du temps avec son meilleur ami Haïçam, féru d'échecs, et se défouler à la guitare électrique (façon guitar hero) avec les jumeaux Etienne et Marcel.

 

Tout bascule le jour où Victor se lie d'amitié avec Marie-José... Élève brillante, celle-ci lui propose de l'aider à faire ses devoirs. Petit à petit, l'adolescent améliore ses résultats.

 

Mais voilà que la jeune fille lui annonce une terrible nouvelle : atteinte d'une maladie, elle devient progressivement aveugle... C'est donc elle qui, bientôt, va avoir besoin de son aide !

Mon avis :

voir la bande annonce du film
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Quel héros touchant, plein de fragilité et d'humour ! "L'école, ça a toujours été la calamité" pour Victor qui a une fâcheuse tendance à s'emmêler avec les mots, à qui les maths posent vraiment problème et pour qui l'histoire est "une époque où les rois et les princes passaient la moitié de leur temps à essayer de s'assassiner". Curieusement son meilleur ami, "Haïçam le respectable Égyptien", est un surdoué, ce qui, en comparaison avec sa "bouffonnerie", ne facilite pas l'estime de soi. Victor s'accroche comme il peut à son manuel Krebs (la bible sur les Panhard) et au dictionnaire offerts par son père. Vivant seuls tous les deux, on sent entre eux une relation complice mais pudique. Malgré tout, rien de triste dans les propos de l'adolescent, le texte (écrit à la première personne) étant rempli d'une autodérision qui fait sourire tout au long des pages. Victor "n'est pas un mauvais bougre" et on ne peut que s'attendrir face à ses fanfaronnades qui cachent beaucoup de sensibilité.

Et puis surtout, on voit avec plaisir le personnage évoluer au contact de la douce et talentueuse Marie-José. Grâce à elle, Victor comprend mieux. Il apprend à persévérer, s'ouvre à la culture aussi, car Marie-José vient d'une famille "distinguée" où l'on s'intéresse à la littérature et la peinture. En tant que violoncelliste (de talent), elle l'initie également à la musique classique. Ainsi, aux côtés de la jeune fille, Victor prend peu à peu confiance en lui : "Je n'étais pas devenu plus intelligent mais plus vivant, ce qui est beaucoup plus important". Et même, l'adolescent devient philosophe lui aussi, à sa manière un peu naïve : "Petit à petit, dans la vie, on finit par se rendre compte de certains trucs très importants". C'est aussi tout ce qui fait le charme du roman, ces petites réflexions glissées l'air de rien par un Haïçam qui explique les choses de la vie en se référant aux grands tournois d'échecs, ou un papa via les grandes évolutions techniques automobiles.

Lorsque Marie-José tombe aveugle, Victor se sent échu une grande responsabilité, cependant celle-ci va le faire mûrir : "Elle paraissait forte et fière mais en fait elle était comme tout le monde, toute seule et perdue avec son malheur". Amoureux, il donne à son tour, avec tout son cœur. Et c'est en donnant aux autres qu'il comprend l'essentiel : certes "la vie, il y a des moments où, vraiment, c'est pas facile", mais "on ne réalise jamais tout à fait à quel point on est extraordinaire" et donc capable de l'affronter malgré tout.

Une magnifique leçon de tolérance, d'ouverture à l'autre et à la vie !

Décembre 2016

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