La voix de son maître

roman de Azouz BEGAG

- L'homme est un devenant, pas un revenant, alors il faut devenir sans lâcheté. Tous les chemins sont circulaires et ne mènent qu'à soi-même.

La Joie de lire, 2017, 283 p. (Encrage)
La Joie de lire, 2017, 283 p. (Encrage)

 

Samir vit en France avec sa famille mais rêve d’Amérique depuis qu’il est tout petit. Et ce malgré son père qui, lui, déteste les Américains et a peur d’avoir donné à son fils « le goût de l’exil ».

 

Devenu adulte, Samir part à Los Angeles enseigner la sociologie à l’Université de Californie. Son rêve devient réalité.

 

Mais tout n’est pas rose chez l’oncle Sam à la veille de l’élection de Barack Obama, surtout pour un musulman…

 

(Texte : Anarya pour Babelio)

Mon avis :

"Mon frère chantait à tue-tête "Je veux l'avoir et je l'aurai, l'Amériqueu..." (p.68)
"Mon frère chantait à tue-tête "Je veux l'avoir et je l'aurai, l'Amériqueu..." (p.68)

Un roman articulé autour de deux grandes thématiques : l'intégration des étrangers et le (désastreux) pouvoir de la communication de masse.

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce récit que j'ai trouvé vaguement ennuyeux. Étrangement, c'est le personnage du père qui m'a le plus touchée : derrière ses principes, cet immigré algérien s'attache à être un homme droit, respectueux de ses origines et de son pays d'adoption ("le respect dû aux autochtones qui l'avaient accueilli."). Déterminé à 'intégrer, il s'efforce d'être "un migrant dans les clous". Les scènes où la famille découvre "ces salouprix à la tilifizioune" (on est dans les années 1960) sont hilarantes. Les Claudettes qui dansent à demi-nues et les publicités pour serviettes hygiéniques offrent, dans cette famille musulmane pratiquante "des images qui n'avaient pas duré longtemps, mais suffisantes pour traumatiser mon père à vie". C'est la fameuse "voix de son maître" qui va, au cours des décennies suivantes, imposer sa loi à des millions de foyers...

 

"La satiété de consommation" est justement la théorie phare de Samir devenu enseignant en sociologie : "Je travaille sur la Satiété de Consommation qui propose aux gens de les gaver, même quand ils sont rassasiés, de dépenser plutôt que de penser, même s'ils sont fauchés, vivre dans le bruit pour les empêcher de réfléchir, sucrer tous leurs aliments, sel et eau compris, pour les obliger à rester enfant à vie...". Et son Amérique tant convoitée, où l'on entretient "une angoisse de manquer qui nourrit l'obésité", offre les meilleurs exemples à ses recherches ! Pourtant Samir n'y est pas heureux.

 

Le personnage est quelque peu agaçant. Paranoïaque, il imagine le pire dans chaque situation (dès l'aéroport où il craint d'être pris pour un terroriste à cause de ses origines : "Depuis ma naissance, j'avais eu la frousse d'être algérien"...), ce qui évidemment ne manque pas de provoquer des incidents désagréables et l'empêche de véritablement s'intégrer. Seul, se sentant "invisible", Samir rumine, cauchemarde, hanté par le fantôme de son père qu'il imagine juger chacun de ses actes. Constamment sur le qui-vive, à vif, il s'enlise dans "le désastre des illusions perdues". Échaudé par une ultime déconvenue à l’université où il enseigne (l'UCLA, "à cinquante mille dollars l'inscription par élève, le recteur devait protéger ses clients, la réputation de son université"), il finira par convenir que "on ne peut échapper à celui qu'on doit devenir", autrement dit : "Non à la peur ! Oui au bonheur!", sachant qu'il se trouve tout simplement dans "tous ces petits riens qui font le quotidien des bienheureux" !

Patricia Deschamps, août 2018


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