La tresse

de Laetitia COLOMBANI

Roman adulte

A l'intérieur elle est en miettes, mais cela, personne ne le sait.

Grasset, 2017, 221 p.
Grasset, 2017, 221 p.

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

 

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

 

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

 

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

(4e de couverture)

Mon avis :

Partagez les épreuves et les espoirs de trois femmes qui, malgré leurs différences, traversent une période délicate de leur vie avec la même détermination.

Smita, Giulia et Sarah n'ont a priori rien en commun. Mais au fil des chapitres qui alternent leur point de vue, des similitudes se tissent entre elles imperceptiblement.

 

L'Indienne et la Sicilienne portent toutes deux le poids de "coutumes ancestrales". L'Intouchable est condamnée à "ramasser la merde des autres à mains nues, toute la journée" comme sa mère et sa grand-mère avant elle. L'Italienne travaille dans l'atelier de son père ("fondé par l'arrière-grand-père"), dernière entreprise à perpétuer la "cascatura", consistant à traiter les cheveux coupés pour en faire des perruques.

Sarah l'avocate, atteinte d'un cancer, se retrouve "reléguée au ban de la société" comme une Intouchable : son statut de malade met brutalement fin à une carrière exemplaire ("Contre l'exclusion, quels remèdes?") menée au détriment de sa vie de famille. C'est le personnage qui a fait le plus écho en moi (même si je ne m'y suis pas identifiée) : "mère de famille, cadre supérieur, working-girl, wonder-woman", c'est un "modèle de réussite" mais aussi une femme rongée par "cette culpabilité des mères qui travaillent". Pour survivre dans le monde du barreau, elle a construit "un mur parfaitement hermétique entre sa vie professionnelle et sa vie familiale", comme beaucoup de femmes de pays industrialisés que l'on n'aide pas beaucoup à mener de front ces deux aspects de leur vie. Portant "le masque de la femme souriante à qui tout réussit", la Canadienne, proche du burn-out, est bien plus fragile qu'elle veut bien le laisser paraître, et tout aussi touchante que Smita cherchant à sauver sa fille de son "karma maudit".

 

L'une comme l'autre ont un leitmotiv qui ne les quitte pas : rester "digne" quoi qu'il arrive. Smita partage "ses espoirs, ses rêves" un peu fous "de voir sa fille respectée". Il faut dire que "son pays décidément n'aime pas beaucoup les femmes". Et c'est bien de ça dont il est question dans ce roman : la place accordée aux femmes dans la société (ou pas). En Inde, "2 millions de femmes sont victimes, chaque année, de la barbarie des hommes, tuées dans l'indifférence générale" (violences conjugales, viols, et même le sort funeste des veuves). Plus encore que les hommes, elles subissent un quotidien de misère et d'humiliations. Mais les trois héroïnes sont "prêtes à relever le défi" de l'injustice et se rebellent contre leur sort: "Devant les épreuves que la vie lui a imposées, elle n'a jamais flanché, jamais cédé, c'est une femme forte et volontaire".

 

Et c'est ainsi que les vies de Smita, Giulia et Sarah se croisent et s'entremêlent, faisant écho entre elles et en nous, pour se rejoindre à la toute fin autour de la thématique de la chevelure. C'est fort et émouvant, révoltant et en même temps porteur d'espoir. En un mot : sublime.

Juillet 2019


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