La sublime communauté, tome 1 : Les Affamés

d'Emmanuelle HAN

En ces temps incertains, un contact humain était un joyau inestimable, qui méritait d'être gardé.

Actes sud junior, 2017, 373 p.
Actes sud junior, 2017, 373 p.

C'est la fin de notre ère. Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses Portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, les «Affamés», se pressent aveuglément vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. 

 

Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des Six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté. 

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Une dystopie à l'ambiance prenante, entre fin du monde et initiation.

C'est un monde "exténué qui n'en peut plus de s'acharner à survivre" sur lequel s'ouvre ce roman. Que ce soit en Amérique du sud (Tupà), en Afrique (Ekian) ou en Inde (Ashoka), tout n'est que misère et corruption. En quelques pages, d'une écriture riche et soignée, l'auteur nous immerge dans le quotidien atypique de ses jeunes héros : Tupà vit de petits trafics aux frontières entre le Brésil, le Paraguay et l'Argentine ; sur les bords du Gange, Ashoka est l'esclave du Roi des Intouchables qui détient la Flamme sacrée nécessaire, selon les croyances du pays, à la crémation des morts ("assurant ainsi au défunt sa libération du cycle des réincarnations et son entrée au nirvana.") ; quant à Ekian, on la découvre aux portes du désert au milieu de centaines d'Affamés, à destination d'une Porte sensée mener à l'un des Six Mondes.

 

Partout en effet, "les hommes s'enfuient" à la recherche d'un monde meilleur, "la Terre sans Mal", où il ferait bon vivre. Ces hordes d'Affamés sales et faméliques font l'effet de zombies désespérés et prêts à tout tant est effrayant "l'état du monde et l'urgence de le quitter". Par opposition, les trois enfants dégagent une aura de sérénité et de détermination, malgré les doutes et la peur qui les animent, qui leur confère une dimension prophétique. Tous trois sont des "transplantés" que l'on a arrachés à huit mois à leur famille pour les confier à une autre à l'autre bout du monde. Si l'on ne sait pas pourquoi (on ne connaît pas encore leur "grand pouvoir"), plusieurs personnes autour d'eux semblent convaincues qu'ils ont un "rôle crucial" à jouer dans cette histoire de Portes ouvrant sur Six Mondes ("Tu représentes un immense espoir"), et chacun va connaître une sorte de rite initiatique aux frontières du surnaturel (Ekian durant la traversée du désert touareg avec la mystérieuse Tahamat, Tupà dans une cabane de la forêt tropicale et Ashoka en bravant un interdit lié à la Flamme sacrée).

 

L'ensemble donne un univers original et tangible, plein de tension et de secret, même si l'intrigue plantée d'entrée de jeu peine à avancer par la suite. J'ai aimé la présence, très forte, des coutumes ancestrales et sacrées dans ce monde en perdition, comme si le retour à des pratiques et philosophies originelles était une des clés pour sauver les hommes. Cette fin du monde est orchestrée par un énigmatique "Observateur" agissant dans l'ombre, au service duquel sévissent les fameux Guetteurs, mais aucune explication n'est donnée, tout comme on ne sait pas "sur quoi donnaient les Portes une fois franchies"... Autant d'interrogations qui poussent vers le tome 2 !

Patricia Deschamps, juin 2018


Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique