La peste écarlate

roman de Jack LONDON (écrivain américain, 1876-1916)

Librio, 2018, 109 p.
Librio, 2018, 109 p.

Un vieillard déambule dans la baie de San Francisco en compagnie de ses petits-enfants. Vêtus de peaux de bêtes, ils chassent pour se nourrir, se réchauffent autour du feu et se protègent des ours ou des loups grâce à l’arc et à la fronde. Nous sommes en 2073. Il y a soixante ans, une terrifiante maladie, la Peste Écarlate, a ravagé l’humanité. Les rares survivants, retournés à l’état de nature, se sont réunis en tribus sans passé ni culture. Le grand-père, ancien professeur, se souvient du monde d’avant l’épidémie : mais comment le raconter à Edwin, Hou-Hou et Bec-de-Lièvre, ces petits sauvages qui ne savent ni lire ni compter?

Mon avis :

On connaît tous Jack London pour ses aventures de chiens-loups... Quelle surprise d'apprendre qu'il est aussi l'auteur d'un roman post-apocalyptique ! Voilà qui ne pouvait qu'attiser ma curiosité.

L'histoire débute en terrain connu, le héros errant en pleine nature avec son petit-fils. La forêt, les animaux sauvages, le bord de mer : les descriptions, vivantes, dressent le décor rapidement. Mais c'est un environnement déserté qui se dressent sous nos yeux, l'humanité ayant été décimée par une terrible épidémie, la Peste Écarlate (qui fait écho à la "Mort Rouge" d'Edgar Allan Poe). L'ancien Professeur Smith, 87 ans, est désormais le dernier survivant d'une époque révolue, qu'il s'efforce de raconter à ses petits-enfants afin qu'elle ne tombe pas complètement dans l'oubli.

 

Mais pour ceux-ci il n'est qu'un vieux radoteur qui rabâche tout le temps les mêmes histoires... Enfants cruels, Edwin, Hou-Hou et Bec-de-Lièvre (leurs prénoms en disent long sur ce qu'est devenue l'humanité...) malmènent leur aïeul dont ils se moquent et à qui ils jouent de mauvais tours, allant jusqu'à le faire pleurer : "De mon temps, on ne se moquait pas ainsi des anciens... On les respectait". "Progéniture barbare de tant de génie éteint", les trois garçons (comme, on le devine, les autres membres de la nouvelle génération) sont des "sauvages" revenus à une "vie primitive" quasi préhistorique.

 

Malgré tout Smith, dans un long monologue, se met à raconter comment la maladie a, soixante ans plus tôt, foudroyé les hommes, plongeant la civilisation dans le chaos. Symptômes terrifiants, corps agonisant en quelques minutes, exode et confinement : le scénario est une histoire de zombies avant l'heure ! Unique survivant de son groupe, l'enseignant s'est retrouvé longtemps seul avant de trouver d'autres traces de vie, et malheureusement pas les meilleures... "Aucun homme de science n'a survécu", déplore-t-il et le savoir humain semble perdu à jamais... Pire, les immunisés sont des individus violents ne pensant qu'à dominer, loin de toute considération intellectuelle ou même altruiste. Quel avenir de l'humanité peut-on bien espérer dans ces circonstances ?

 

Car le constat est franchement défaitiste, laissant très peu d'espoir à la fin du récit (Edwin, peut-être ?). "L'univers a été anéanti", tout est à refaire, sauf que "l'homme demeure identique"... Ne sachant pas tirer leçon du passé, dominé par son animalité, l'être humain apparaît comme un nuisible incapable d'évoluer : "La même histoire recommencera". Un dénouement amer voire désespéré, et j'aurais aimé que l'édition scolaire que j'ai lue replace l'oeuvre dans son contexte de l'époque (1912) afin de mieux saisir les intentions de l'auteur qui me laissent perplexe...

Mars 2019

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