La conquête de Plassans : Les Rougon-Macquart tome 4

roman d'Emile ZOLA (1874)

Retenez bien ceci, plaisez aux femmes, si vous voulez que Plassans soit à vous.

 

Toute acquise à Napoléon III dans le passé, grâce aux intrigues politiques de la famille Rougon, Plassans est maintenant sous le contrôle des légitimistes. Prêtre Bonapartiste, l'abbé Faujas est envoyé de Besançon, accompagné de sa mère, pour tenter de renverser la tendance. La mission de l'abbé est claire : reconquérir Plassans. Il est hébergé dans un premier temps par la famille Mouret. Il y a là François Mouret, quarante-cinq ans (fils d'Ursule Macquart), retraité commerçant entouré de sa femme Marthe Rougon (la fille de Pierre et Félicité) et de ses enfants, Octave, Serge et Désirée. 

Mon avis :

Nous voilà de retour à Plassans où la saga a commencé, dans la famille Mouret constituée, entre autres, de Martha la fille de Félicité et Pierre Rougon (la branche légitime) et du jeune Octave, cancre indiscipliné qui deviendra le propriétaire du grand magasin "Au Bonheur des dames" (comme quoi...). J'ai trouvé qu'il y avait moins de descriptions interminables dans ce quatrième épisode, Zola s'attachant surtout à la psychologie des personnages. L'arrière-plan politique est toujours vaguement ennuyeux mais c'est l'époque qui veut ça (Zola tenait à faire une description fidèle de son temps).

 

Le roman tourne autour du personnage de l'abbé Faujas, débarquant de Besançon et qui prend ses quartiers dans la maison des Mouret, leur louant l'étage inoccupé. Il est fascinant de voir comment cet homme taiseux et discret va insidieusement, par sa seule présence, bouleverser le quotidien de cette famille paisible et de la ville ("Il ne demande rien et on lui dit tout!"). On suit son évolution au fil des semaines, son physique se modifiant au fur et à mesure que son emprise s'étend. D'abord paria en soutane râpée, il devient peu à peu "superbe" d'assurance et de popularité. Mais "une figure sombre, despotique" se cache derrière "ce diable d'homme" qui, sur la fin, commence à faire peur.

 

François Mouret est le premier à percer à jour le curé... et il constituera le premier dommage collatéral. Cet ancien négociant voit peu à peu Faujas et les siens envahir son quotidien. Il y a la vieille mère, aussi dévouée qu'immuable, puis les Trouche, sœur et beau-frère parasites qui vont achever la conquête de la maison. D'abord séduite par leur compagnie, Marthe devient "une nouvelle femme", plus affirmée tandis qu'elle "glissait à la dévotion". Car comble de l'ironie, la réussite de l'abbé Faujas passe par les dames de Plassans alors même que "pour tout prêtre, la femme, c'est l'ennemie". Malheureusement pour elle, la pauvre Marthe signera sa perte...

 

En effet, l'abbé Faujas n'est pas un simple prêtre: "On prétend qu'il est un agent politique" dévoué au gouvernement. Il fréquente d'ailleurs le salon de "cette noiraude de Félicité" (désormais marron, et non plus le jaune "lamentable") où elle trône "en femme du monde", continuant de tirer les ficelles dans l'ombre ("Son fils Eugène, le ministre, la chargeait de personnifier, à Plassans, les douceurs et les amabilités de l'Empire"). L'oncle Macquart, l'opposant, est toujours là lui aussi, au village voisin où il a acheté une petite maison en face de l'asile psychiatrique "on ne savait avec quel argent". C'est ce que j'aime dans cette histoire familiale: le fait que l'on recroise des personnages, ou leurs descendants, le tout formant un incroyable écho généalogique. Même s'ils restent en arrière-plan pendant la majorité du roman, les Rougon demeurent "des malins qui jouaient un double jeu" et tirent leur épingle tandis qu'explose le foyer de leur fille. 

 

La fin est surprenante. Si la tension monte crescendo et que l'on assiste au réveil d'une des deux tares familiales, la folie, rien ne laisse supposer "l'épouvantable drame" qui clôt l'histoire. La dernière scène est à la fois saisissante et drôle. Affaiblie par les "attaques de nerfs", Marthe sera achevée par la vision de son propre fils, le doux Serge qu'elle n'a pas vu depuis longtemps car parti en séminaire, et qui se présente devant son lit de mort... en soutane.

Patricia Deschamps, juillet 2022


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