La cité des filles-choisies

d'Elise FONTENAILLE

Je m'appelle Nina, mon nom veut dire "la flamme" en quechua. J'ai grandi dans les royaumes du Nord, au bord d'un torrent entouré de montagnes bleues, bien loin de Cuzco, la capitale de l'Empire.

Rouergue, 2014, 88 p. (doAdo)
Rouergue, 2014, 88 p. (doAdo)

1995, au Pérou. Le corps d'une jeune Inca est retrouvé au sommet d'un volcan enneigé, conservé par la glace depuis cinq siècles. La momie est exposée dans un musée.

 

Un jour qu'elle le visite avec sa classe, Mina observe, fascinée, la jeune fille endormie pour toujours. "Une jeune fille de la noblesse, sacrifiée volontaire, après avoir bu une boisson sacrée", lui apprend-on. Mais dans quelles circonstances cette Inca courageuse a-t-elle choisi de sacrifier sa vie ? Et pourquoi tient-elle une longue plume brune de condor entre ses doigts ?

 

Pendant la nuit, la jeune Inca s'insinue dans ses rêves pour lui raconter son histoire : "Je m'appelle Nina, mon nom veut dire "la flamme" en quechua"...

Mon avis :

L'image à l'origine de cette histoire (Doncella © Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta-Argentina, D.R.
L'image à l'origine de cette histoire (Doncella © Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta-Argentina, D.R.

Voici une histoire belle et triste qui débute comme un conte, une légende ancestrale. L'auteur part d'un fait authentique (deux archéologues qui trouvent une momie sous la glace), pour nous propulser dans le petit monde de Nina la jeune Inca. Vivant seule avec son père qu'elle aide à gérer le domaine (plantations de coca, troupeau de lamas), Nina s'est spécialisée dans la broderie. C'est d'ailleurs ce qui la distinguera dans la cité des filles-choisies de Cuzco, là où l'on éduque les jeunes filles de la noblesse sélectionnées pour servir l'Inca, à savoir l'empereur Atahualpa, représentant le Fils du Soleil dans cette civilisation amérindienne. La cité des femmes est un huis-clos « à l'abri des regards masculins » où chaque jeune fille sait que « une haute destinée l'attend » : concubine de l'Inca, prêtresse du temple du Soleil, ou encore – but suprême – sacrifiée lors d'une cérémonie religieuse « pour influer sur la destinée de l'Empire ».

Si les nombreux mots de vocabulaire, expliqués en bas de pages, alourdissent un peu la lecture en début de roman, le récit se révèle ensuite fluide et captivant. On découvre les rites et croyances des Incas à travers le quotidien de Nina, ainsi qu'à travers les fêtes célébrées : « la nuit des momies », « la fête de la Purification », « la fête du Soleil », etc. On voit également les conquistadores espagnols (notamment Pizarro) du point de vue autochtone : comme des pilleurs qui ne jurent que par l'or... et qui seront les responsables de l'extermination de ce peuple. Le thème des Grandes Découvertes est au programme de 5e et ce court roman s'y intègre parfaitement.

Juin 2015

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