La chronique des Bridgerton

de Julia QUINN

J'ai lu, 2021, 731 p.
J'ai lu, 2021, 731 p.

Les Bridgerton sont une famille d'aristocrates anglais du début 19ème siècle. Le père étant décédé depuis plusieurs années, la vicomtesse a élevé seule ses huit enfants âgés de dix à vingt-neuf ans. Si l'aîné, Anthony, ne semble pas prompt à se marier, la première des filles, Daphné, a fait son entrée dans le monde. Elle trouve fort séduisant le meilleur ami de son frère, Simon, mais celui-ci a une réputation de libertin... et affirme haut et fort qu'il ne prendra jamais d'épouse. Les circonstances amènent Daphné et Simon à passer un arrangement: il fera semblant de la courtiser afin de la rendre plus attractive auprès des autres hommes, tandis que lui sera laissé tranquille lors des bals mondains. Mais cela se révèle un jeu bien dangereux...

Mon avis :

Il paraît que cette saga a été adaptée sur Netflix mais c'est parce qu'elle me rappelait l'univers de Jane Austen que je l'ai empruntée à la bibliothèque. C'est un volume double comprenant les deux premiers tomes. Chaque chapitre est introduit par une chronique de la mystérieuse lady Whistledown, sorte de "gossip girl" mondaine de l'époque. S'il y est question de jeunes filles à marier comme chez la célèbre romancière anglaise, l'autrice, contemporaine, y ajoute des scènes érotiques plus ou moins réussies (selon moi) à la Cinquante nuances de Grey (que j'avais abandonné en cours de lecture).

 

On suit tout d'abord Daphné, l'aînée des filles Bridgerton, dans sa quête du mari idéal. Simon Hastings, le meilleur ami de son frère Anthony, est très séduisant mais a une réputation d' "épouvantable libertin". Or, en ce début de XIXe siècle, on fait très attention aux convenances et à l'honneur... Mais comment lutter contre une attirance de plus en plus insupportable? Ou peut-être est-ce parce qu'il est inaccessible (Simon a toujours affirmé qu'il ne se marierait jamais) que ce jeune homme est si désirable? Vous l'aurez compris, on n'échappe pas à certains clichés. Néanmoins le personnage de Simon, plus subtil qu'il n'y paraît, amène à dénoncer les préjugés ("Cette manie qu'elle avait de toujours tirer des conclusions hâtives à son sujet"). Le prologue avait d'entrée évoqué sa difficile relation avec son père ("Simon ressentit le rejet de son père jusque dans sa chair") et les conséquences sur ses choix de vie.

 

L'histoire d'Anthony est également sous le sceau de la relation père-fils. On en apprend un peu plus sur Edmund Bridgerton, le père décédé. Il est intéressant de voir le personnage d'Anthony non plus du point de vue de Daphné, mais de l'intérieur et aussi sous l'oeil de Kate Sheffield, l'une des héroïnes du tome 2. A l'image de Simon, Anthony est perçu comme "un aristocrate prétentieux" et grand séducteur ("Les femmes lui tombaient pratiquement dans les bras") alors qu'en réalité, c'est un homme terrifié par la mort prématurée. Comme Daphné, Kate devra mettre au jour de sombres secrets. De son côté, Anthony doit choisir entre le coeur et la raison, en la personne d'Edwina, cadette de Kate.

 

Affronter ses démons (Kate traîne également un traumatisme d'enfance), voilà bien ce qu'il ressort de ces deux premiers volumes dont chacun est consacré à l'un·e des enfants Bridgerton se croisant et se recroisant sous des angles différents. Si le rôle des un·es et des autres est figé par les conventions ("Nous avons tous un rôle à jouer dans la vie et le mien a toujours été de me montrer forte et raisonnable"), c'est une fratrie complice et pleine de vie (comme en atteste l'impitoyable partie de croquet) et les dialogues sont très vivants. Il y a même un côté assez drôle et visuel dans certaines scènes qui ne vont pas sans rappeler le vaudeville.

 

La réflexion sur le deuil vient contrebalancer cette légèreté ("C'est plus difficile quand on est plus âgé. Vous avez eu la chance de le connaître mais la douleur de la disparition est plus intense."), tout comme celle sur l'évolution de la place de la femme dans le couple. Si Anthony souhaite dans un premier temps "garder une certaine distance avec son épouse, sa vie devait être compartimentée et une femme trouvait sa place dans les cases qu'il avait mentalement étiquetées "événements mondains" et "chambre à coucher"), il réalise que son souhait profond est plutôt d'en faire une compagne dans tous les moments et les décisions de la vie.

C'est donc une saga sans prétentions mais agréable à lire et j'ai bien envie de continuer de suivre les aléas de la famille Bridgerton!

 

Patricia Deschamps, décembre 2022


 

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