L'homme qui plantait des arbres

de Jean GIONO

Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.

Gallimard jeunesse, 2016, 56 p. (folio+ collège)
Gallimard jeunesse, 2016, 56 p. (folio+ collège)

 

1913. Au cours d'une de ses promenades en Haute-Provence, Jean Giono rencontre un berger solitaire, Elzéard Bouffier, qui s'obstine à planter des arbres dans ce coin de nature sauvage et désolée.

 

Après la guerre, Jean Giono décide de retourner voir Elzéard qui a continué à semer ses glands. Il est impressionné par le résultat...

Mon avis :

Un hymne à la nature qui suscite le respect !

Avec ses airs de fable et ses nombreuses illustrations couleur, ce court récit a un petit air d'antan. D'ailleurs le texte (publié en 1953) n'est pas simple pour les jeunes lecteurs : le vocabulaire et les tournures de phrases employés nécessitent que la lecture soit accompagnée. C'est alors une magnifique leçon de vie.

 

Planter des arbres n'est pas une simple lubie pour Elzéard le berger. Les premières pages décrivent bien l'aridité de la région, et d'ailleurs les résultats sont souvent décourageants : "Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous". Pourtant, année après année, inlassablement, il continue son travail d'ensemencement avec persévérance, "luttant contre le désespoir" - un vrai sacerdoce ! Et l'acharnement paie, on a même l'impression que, boostée par le berger, la nature vient insuffler son aide à l'homme : "la création avait l'air de s'opérer en chaîne", l'eau revenant et le vent dispersant certaines graines. Pour un résultat véritablement impressionnant !

 

"Je ne reconnaissais plus les lieux", s'étonne Giono en 1945, alors que le berger a étendu ses plantations jusqu'à 20 km à la ronde. Cette région jadis en ruines et désolée resplendit désormais de santé et d'aisance. "Tout y était changé", y compris les habitants, cette nature florissante ayant progressivement attiré de nouvelles familles. Malgré le succès de l'opération, Elzéard reste discret sur son rôle, à tel point que tout le monde se persuade qu'il s'agit d'une "forêt naturelle" ! On note au passage l'ironie de l'auteur face à une administration qui se réjouit de ce renouveau sans y avoir aucunement participé : "On prononça beaucoup de paroles inutiles" - à la différence du berger qui parle peu mais agit efficacement.

Projet de toute une vie, cet acharnement à planter des arbres dans un pays hostile reflète chez cet homme une grandeur d'âme qui le mènera à la sérénité : "Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux !", conclut Giono.

Juin 2016


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