L'école de la mort

Anthologie

Lilian BATHELOT, Charlotte BOUSQUET, Martial CAROFF, Béatrice EGEMAR

De la Préhistoire au XXe siècle, de l'Egypte à l'Amérique ou encore à l'Union soviétique, nombre de savoirs, de méthodes éducatives, d'établissements livrent ici les crimes et exactions qui se sont commis en leur nom. Quatre auteurs ont relevé le défi, à travers huit nouvelles, d'aller explorer les marges de l'école...

Gulfstream, 2013, 215 p. (Courants noirs)
Gulfstream, 2013, 215 p. (Courants noirs)

Dès la Préhistoire, l'homme s'est demandé comment se transmettait le savoir : "Où sont passées les connaissances du Maître des pierres?", s'interroge le jeune Irèh devant le cadavre. Ses compagnons croient toujours qu'il faut dévorer le corps du mort, mais le jeune garçon est persuadé que "c'est autrement que se fait la transmission" !

Pashed, le maître égyptien de l'école des scribes, aime quant à lui transmettre son enseignement à coups de bâton... tout comme sœur Charity, bien déterminée à dresser ces sauvages d'Indiennes par la torture s'il le faut. Jusqu'au jour où leurs élèves se révoltent face à tant d'humiliations et de violence...

Car on a beau avoir pour objectif d'éduquer chaque jeune, y compris les demoiselles comme à l'école de St-Cyr de Mme de Maintenon, on n'échappe pas aux incidents de parcours - qui a mis de la ciguë dans la soupe de l’enseignante? Antisthène, le philosophe grec, s'est lui aussi trompé sur ses élèves... Leurs dérives ont conduit à une violence abjecte. "Mon enseignement ne valait rien", se désole-t-il. Certes, ce disciple d'Aristote a pris une voie toute personnelle, mais d'un autre côté, "nos écoles ne peuvent ni changer les natures vicieuses, ni se substituer à une éducation familiale déficiente"... Même les plus qualifiés, telles les soviétiques Roza et Lyudmila, meilleurs tireurs d'élite du peloton féminin, vont jusqu'au crime pour... récupérer un porte-bonheur.

Bienvenue dans l'école de la mort...

Mon avis :

Huit nouvelles très diverses, d'époques et de lieux variés, mais dans lesquelles le thème de l'école/l'éducation n'est souvent qu'un prétexte.

Dans chacune de ces histoires de qualité, écrites par des auteurs reconnus, vous trouverez chaque fois un cadavre, même si l'on ne peut pas parler d'intrigue policière stricto sensu. Mais seul le Meurtre à la Maison de Vie de Béatrice Egémar combine véritablement le thème de la mort avec celui de l'école : sous l'Egypte ancienne, à l'école de scribes, le maître, tyran détesté de tous, est retrouvé mort, et une enquête s'ensuit. La trame est classique, mais conforme aux attentes suscitées par la couverture. De même, Les demoiselles de Saint-Cyr concilie une problématique éducative - donner une véritable éducation aux jeunes filles, pas uniquement celle "étriquée et bigote" des couvents - et un suspense lié à un empoisonnement. Le début ressemble à celui des Colombes du Roi-Soleil (avec la répétition de la pièce de Racine, Esther) mais l'ensemble est prenant. Avec Agora game de Martial Caroff, on est immergé dans l'enseignement philosophique à la Socrate, avec une interprétation toute personnelle d'un disciple qui vire au cauchemar.

 

Les autres récits sont plus déstabilisants car parfois très éloignés de la thématique annoncée. Ainsi Obsession de Charlotte Bousquet, l'histoire de la passion non réciproque d'une veuve pour un maître d'escrime, peine à trouver sa place dans ce recueil (d'ailleurs je n'ai pas réussi à l'inclure dans mon résumé), même si elle constitue un "à la manière de Racine" très réussi. J'ai beaucoup aimé Les fantômes de Saint-James (de C. Bousquet également), mais la problématique me semble elle aussi décalée : il s'agit plutôt de la christianisation des Indiens et des massacres qui y sont liés. L'histoire d'Irèh l'homo heidelbergensis, ancêtre direct des hommes de Néandertal, aborde essentiellement l'évolution de l'humanité (passage de l'outil utilitaire à l'esthétique, apparition des premières sépultures, etc.). De même Tatoo coeur de Lilian Bathelot nous fait remonter 4 700 ans en arrière, à une époque où la maîtrise des éléments (le feu, le vent) est à la fois une question de survie et de pouvoir. L’œil du loup (du même auteur) nous plonge quant à lui en pleine Seconde Guerre mondiale côté soviétique. 

 

Un recueil de qualité donc, mais qui m'a déçue dans mes attentes. Abordant des périodes historiques très variées mais sans véritable thème commun fort, ces nouvelles manquent trop de cohésion pour former un ensemble convaincant.

 

Patricia Deschamps, septembre 2015


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