Joyland

de Stephen KING

♦ Roman adulte

L'Histoire, c'est la merde collective et ancestrale du genre humain, un énorme tas de fumier qui n'arrête pas de monter. A l'heure où je te parle, on est plantés debout au sommet, mais dans pas longtemps, on sera enfouis sous le caca des générations à venir.

Albin Michel, 2014, 323 p.
Albin Michel, 2014, 323 p.


Heaven's Bay, Caroline du Nord, 1973.


Devin Jones, étudiant fauché, se fait embaucher pour l'été dans le parc d'attractions Joyland. Entre les manèges à faire tourner, les boutiques à tenir et le costume de la mascotte Howie le Chien Gentil à animer, Devin n'a pas le temps de s'ennuyer ! Et puis son boulot saisonnier l'aide à oublier son premier amour envolé, Wendy...


Mais tout n'est pas rose dans ce monde de forains... On dit que le train fantôme - surnommé depuis "la Maison de l'Horreur" - est hanté par la jeune femme qui y a été assassinée par son fiancé...

Mon avis :

Fans de Stephen King, attention ! Ce livre n'est pas un traditionnel roman d'horreur de l'écrivain... Si la légende de la Maison de l'Horreur est évoquée dès l'arrivée de Devin à Joyland, il faut atteindre quasiment la moitié de l'histoire pour que le héros y mette les pieds et encore, il ne se passe rien d'effrayant ! Ce n'est donc pas vraiment le suspense qui fait tourner l'intrigue... et pourtant j'ai beaucoup aimé !

 

J'ai aimé toute l'ambiance de la fête foraine et l'immersion dans le quotidien de ceux qui la font vivre. Le récit est rétroactif - le narrateur, qui a une soixantaine d'années, se remémore avec un brin de nostalgie cet été 73 et les événements qui ont suivi à l'automne. Toute la première partie est une délicieuse mise en place du décor et des personnages, des "vrais" forains qui parlent la Parlure (un langage fait d'expressions qui leur sont propres) et qui œuvrent pour faire vivre les différentes attractions dont la vedette est sans nul doute la Carolina Spin (la Grande Roue).

 

Parmi les "forains de chez forains", il y a entre autres Miss Fortuna qui prend l'accent Rrrroumain pour prédire la bonne aventure, et l'antique propriétaire des lieux Mr Easterbrook, qui sait trouver les mots pour convaincre les Gentils Animateurs fraîchement recrutés qu'à Joyland "nous vendons du bonheur". D'ailleurs les Hollywood Girls en jupette verte sont chargées de photographier les ploucs (les clients, quoi) afin qu'ils repartent avec le cliché souvenir (payant bien sûr !) de leur mémorable journée.

 

Et puis sur le chemin du parc, il y a le petit Mike cloué dans son fauteuil roulant, dont les jours sont comptés... et qui se révèle doté d'un fascinant don de prémonition (réel celui-là). Sa fréquentation et surtout celle de sa séduisante mère vont marquer Devin à jamais. Les 30 dernières pages repassent en mode thriller avec une touche de fantastique mais c'est véritablement par les émotions que Stephen King nous embarque dans ce livre. L'enquête sur la Maison Hantée est supplantée par la maladie incurable du petit garçon (une dystrophie musculaire), et si l'ombre de la mort plane tout au long des pages, la plus effrayante n'est pas celle engendrée par le tueur de jeunes femmes mais bien celle qui attend le petit Mike...

 

Un roman à la fois nostalgique et émouvant !

Septembre 2014


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