Il s'appelait... le soldat inconnu

roman d'Arthur TENOR

Aucun des nouveaux venus ne se doute de ce qui les attend là-bas : un maelström de feu et de fer, empoisonné au gaz de combat, un bourbier infâme  où l'on crève de soif, un champ de bataille sans ligne fixe et continue, où l'on se bat et meurt dans des trous d'obus, dans des sillons à peine creusés, remplis de cadavres, de vermine et de rats...

Gallimard, 2010, 154 p. (Folio junior)
Gallimard, 2010, 154 p. (Folio junior)

Dans un petit village de France au début du XXe siècle.

Comme la plupart des garçons de son âge, François partage son temps entre le travail à la ferme de ses parents, l'école communale où il tombe pour la première fois amoureux de Lucie la fille de l'instituteur, et les bagarres de "camps" entre les Pieds Nickelés et les Branquignoles qui se font "la guerre des Bouses" après l'école.

 

Mais en ce début d'août 1914, alors que François a dix-huit ans, c'est une véritable guerre qui se déclenche en Europe... Le jeune homme a hâte d'être mobilisé, il veut défendre l'honneur de sa patrie, prendre la revanche sur ces Allemands qui ont massacré la France en 1870 ! Et ce, malgré l'avis de ses parents et surtout de la belle Lucie qui est toujours dans son cœur : "Pourquoi aller chercher la mort tant que c'est pas obligé ?"...

 

Quand François est appelé en avril 1915, il est tout ému d'être "à son tour un combattant". Il va malheureusement vite déchanter en arrivant au front...

Mon avis :

Un roman construit en trois parties qui permet d'aborder les atrocités de la Première Guerre mondiale par le biais d'une fiction à la fois documentée et touchante. François représente le jeune homme lambda et l'on découvre à travers son histoire ce qu'ont dû vivre et ressentir des milliers de Français et leurs familles durant cette terrible période.

 

La première partie nous plonge dans le quotidien insouciant de François, son amourette avec Lucie, les moments passés avec son grand-père qui lui apprend à tailler le bois, et aussi les affrontements gentillets entre bandes de garçons qu'on fomente à la récréation. C'est frais, un brin nostalgique, un peu dans l'esprit de la guerre des boutons (sauf qu'ils s'attaquent à jets de bouses !).

Et puis la guerre est déclarée et l'on passe à la période de frustration. François, devenu menuisier, taille des fusils en bois à défaut de manier de vraies armes. Il songe à mentir sur son âge pour partir plus vite, mais son amour pour Lucie le retient. Cette relation est d'ailleurs au cœur du roman. Lucie devient aide-soignante afin de suivre François dans sa détermination à agir pour son pays. Par la suite, elle cherche toujours à se fait muter dans un hôpital proche du lieu d'affectation de François. Et puis les deux amoureux s'écrivent régulièrement et se débrouillent pour obtenir des permissions en même temps, se retrouvant avec délice dans le village de leur enfance.

 

La dernière partie du livre est bien sûr consacrée au désenchantement d'un jeune homme naïf qui, comme beaucoup de petits garçons, a pris la guerre pour un jeu... L'auteur reconstitue parfaitement la dure vie dans les tranchées boueuses et la boucherie des champs de bataille, les obus qui volent et la peur qui prend aux tripes. François voit, impuissant, ses camarades tomber les uns après les autres, et lui qui rêvait de porter le fusil se montrera incapable de tuer le moindre ennemi - en réalité des pauvres gars comme lui jetés en pâture par des états-majors assurant tous que le conflit sera bref... Seule restera au bout du compte la flamme du souvenir.

 

Un roman qui n'apporte rien de nouveau sur le sujet mais qui a le mérite de rendre compte de la réalité de cette Grande Guerre aux générations qui ne l'ont pas connue dans une écriture accessible et vivante.

Patricia Deschamps, novembre 2014

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