Il était une fois la différence : Les archéologues racontent le handicap

de Valérie DELATTRE (texte) et Vincent BERGIER (illustrations)

Être handicapé, c'est une différence, physique ou mentale, pas une infériorité.

Actes Sud junior, 2020, 72 p.
Actes Sud junior, 2020, 72 p.

Comment les handicapés et les malades ont-ils été intégrés ou rejetés, au fil de l'histoire? L'archéologie nous révèle beaucoup de choses à leur propos: comment ils étaient soignés, opérés ou appareillés; comment la société les intégrait ou les éloignait. On sait par exemple que la trépanation était pratiquée dès le Néolithique, de même que l'amputation. Quant aux prothèses, elles existaient dans l’Égypte des pharaons. De quoi en apprendre beaucoup sur le vivre ensemble à travers les siècles !

Mon avis :

Ce livre très instructif et complet raconte comment le handicap a été perçu au fil des siècles par les différentes civilisations. Le travail des anthropologues et des paléopathologues a en effet permis de diagnostiquer les handicaps des hommes et des femmes du passé et ce, dès la préhistoire. On a ainsi retrouvé de par le monde un certain nombre de squelettes malformés ou amputés qui, associés à l'étude des rites des civilisations, témoignent à la fois des compétences chirurgicales de l'époque et du soin apporté aux personnes touchées (ou pas).

 

En fait, on a pris très tôt en considération et traité le handicap. Dans l’Égypte pharaonique par exemple, on a retrouvé dans les tombeaux toutes sortes de prothèses. Toutankhamon lui-même souffrait de malformations liées à la consanguinité, notamment un pied bot comme le confirment les différentes cannes en roseau enterrées avec lui. On pense d'ailleurs que plusieurs grands hommes, tels que Philippe de Macédoine ou Ivar le viking étaient handicapés. Le documentaire, mené un peu comme une enquête, rassemblent les différentes hypothèses des scientifiques, parfois remises en question par de nouvelles découvertes.

En Grèce antique, on se préoccupait surtout des citoyens dont le handicap était lié à des blessures de guerre. De même, c'est dans cet esprit qu'a été créé l'hôtel des Invalides par Louis XIV: accueillir les soldats devenus infirmes. Les savants musulmans, eux, ont tenté de soigner la folie dès le début du Moyen Age.

 

Certaines civilisations vont jusqu'à considérer le handicap comme le signe d'une manifestation divine. On a retrouvé de nombreuses représentations de nains sur les murs des nécropoles royales de Saqqara et de Gizeh: chez les Égyptiens, ils avaient une position sociale importante. De même, chez les Mochicas, un peuple du Pérou, chaque personne handicapée offrait aux vivants la possibilité de nouer un lien privilégié avec le monde des ancêtres.

Rien à voir avec les Romains qui exhibaient les handicapés comme des monstres! Cette infamie a duré jusqu'au XIXe siècle dans de nombreux cirques et foires, les malformations physiques étant considérées au Moyen Age chrétien comme l’œuvre du diable. Quant à l'eugénisme d'Hitler, il a provoqué l'assassinat de dizaines de milliers d'individus en parallèle des chambres à gaz (le sinistre programme "Aktion T4").

 

Heureusement le siècle des Lumières, qui a voulu mettre fin aux superstitions, a contribué aux débuts de l'éducation pour tous, avec notamment l'invention de la langue des signes par l'abbé de l'Epée et de "la lecture avec les doigts" par Louis Braille.

Aujourd'hui, avec les jeux paralympiques, la loi de 2005 pour l'accès au travail et des prothèses de plus en plus performantes, le combat pour l'égalité des droits et des chances se poursuit.

Outre le fait que j'aurai préféré un récit thématique plutôt que chronologique, j'ai été surprise que le livre se termine sur la question du transhumanisme qui ferait du handicap une plus-value. Il y a encore tant d'inégalité face au handicap!

 

Patricia Deschamps, novembre 2021


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