Des étoiles au plafond

de Johanna THYDELL

Au plafond [de sa chambre] sont collées des étoiles fluorescentes.

Après la tombée de la nuit, les étoiles prennent vie. Quand Jenna n'arrive pas à trouver le sommeil, elle regarde le ciel étoilé. Avant, maman venait souvent s'allonger à côté d'elle. Elles restaient ainsi à se parler pendant des heures. Maintenant le lit de Jenna est trop mou pour les articulations douloureuses de maman. Jenna est obligée de regarder seule les étoiles au plafond.

Thierry Magnier, 2010, 325 p.
Thierry Magnier, 2010, 325 p.

La mère de Jenna a un cancer du sein. Les traitements sont douloureux et épuisants, alors c'est à Jenna de s'occuper du quotidien - les courses, la cuisine... Il faut aussi garder le sourire, donner le change, parce que l'adolescente ne veut pas que cela se sache... et c'est ça le plus difficile.

 

Car Jenna voudrait être une adolescente comme les autres, avoir une vie normale. S'amuser avec les copines, faire la fête, draguer les garçons... comme Pénélope, la fille la plus populaire du collège, qu'elle admire et déteste à la fois. Pénélope a une mère "fashion", pas une mère malade qui fait honte à sa fille.

 

Mais combien de temps Jenna va-t-elle pouvoir jouer ce double jeu ?

Mon avis :

Le récit alterne entre deux tendances radicalement opposées : le quotidien un peu léger d'une adolescente avec les préoccupations propres à cet âge, et le contexte grave et pesant de la maladie de sa mère. Et ça fonctionne !

"Jenna est du genre à ne pas se faire remarquer" sans que l'on puisse déterminer si c'est une bonne chose ou pas... Car la jeune fille est pleine de contradiction : elle voudrait bien intégrer la bande à Pénélope au lieu de traîner avec Susanna, souffrant d'être "une fille parmi les autres" que les élèves cool de sa classe ignorent. D'un autre côté, elle veut se faire oublier, des profs, des voisins dont la compassion l'étouffent : "Elle a honte, elle a terriblement honte, et elle a honte d'avoir honte !"... Car grand-mère l'a dit : "Il faut aider maman, Jenna. Il faut penser à maman, Jenna. Comme si Jenna ne le savait pas !" Les séjours à l'hôpital, la fatigue, la douleur, les béquilles, les faux seins et la perruque : la situation est lourde pour l'adolescente qui culpabilise pourtant d'avoir des "pensées interdites" ("marcher à côté de quelqu'un à une vitesse normale", "ne pas croiser des gens qui regardent, posent des questions"...). Elle en souhaiterait presque que sa mère meurt pour que tout se termine enfin, tout en étant bien évidemment incapable d'envisager de vivre sans elle : "Jenna est seule. Elle n'a plus le courage."

 

Et voilà qu'elle se rapproche de l'inaccessible Péné et tout bascule. Jenna comprend que les apparences peuvent être trompeuses, qu'avoir une mère en bonne santé ne garantit pas qu'elle s'occupe bien de sa fille... Péné tombe le masque, bouleversante elle aussi à sa manière. Le style de l'écriture s'affirme, Jenna livre ses pensées comme elles viennent, les dialogues mêlant ce qu'elle répond à voix haute avec ce qu'elle ressent en vérité mais qu'elle n'ose dévoiler. Les phrases se font incisives, exprimant avec beaucoup de justesse le mélange de colère, de détresse et de fragilité de l'adolescente. On souffre avec elle et en même temps le récit reste résolument optimiste, parce qu'elle a autour d'elle - bien qu'elle ne l'ait pas réalisé dans un premier temps - des gens qui l'aiment, qui sont capables de la comprendre et sur qui elle peut compter pour traverser cette terrible épreuve. Oui, "les choses existent même quand on ne les voit pas".

Janvier 2017

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