Confessions d'un ami imaginaire

de Michelle CUEVAS

La réalité dépend juste de la manière dont on la regarde.

Nathan, 2017, 187 p.
Nathan, 2017, 187 p.

 

Depuis quelques temps, une gêne grandit dans l'esprit de Jacques Papier : il a l'impression que personne ne l'aime. A l'école la maîtresse l'ignore quand il lève la main, personne ne lui passe le ballon en sport, et il faut même rappeler à ses parents de lui garder une place à table ! 

Heureusement, il y a Fleur, sa sœur et meilleure amie, toujours à ses côtés.

 

Un jour, Jacques apprend la terrible vérité : il est l'ami imaginaire de Fleur !

Il convainc alors la fillette de le libérer...

Mon avis :

Une histoire rocambolesque qui ne manque pas de poésie.

Voici un bien curieux récit... De par son héros tout d'abord : Jacques Papier, qui est ami imaginaire sans le savoir ! Il met du temps à le réaliser d'ailleurs, et le début du roman semble un peu long parce que le lecteur, lui, est averti. Mais ensuite sa souffrance est touchante. Car Jacques n'a dès lors qu'une obsession : devenir libre, prendre son envol, ses propres décisions, et ne plus être tributaire de l'imagination de Fleur. Cependant rien ne se passe comme prévu !

 

Le quotidien de Jacques devient une aventure faite de rencontres cocasses (notamment aux réunions des Imaginaires Anonymes) et de rebondissements pas toujours heureux qui lui feraient presque regretter sa décision. L'histoire prend alors une dimension initiatique puisque c'est bel et bien une quête d'identité que le personnage poursuit. Qui est-il vraiment ? Etre imaginaire signifie-t-il pour autant être invisible ? Inexistant ? Pas pour l'enfant dont il est l'ami, c'est sûr... Quel est donc son rôle dans ce cas ?

 

Car la présence de Jacques soulève une autre interrogation : qu'est-ce qui fait qu'un enfant va jusqu'à se créer un ami fictif ? Fleur, Merla, Bernie : tous connaissent une situation familiale n'aidant pas à avoir confiance en soi. Or Jacques va tour à tour les aider à se convaincre que "tu peux tout réussir" et à s'affirmer face aux autres, leur donnant "l'impression d'être quelqu'un d'exceptionnel". Et c'est en agissant pour ces enfants, en les voyant s'épanouir, que Jacques trouvera lui-même la plénitude, "cette fierté d'avoir vraiment contribué à changer la vie de quelqu'un. Ce qui me rendait moi-même un petit peu moins invisible."

 

"Comme beaucoup de choses dans la vie, cette histoire formait une boucle" et la dernière scène est très émouvante. On comprend que même si les amis imaginaires perdent leur utilité quand l'enfant grandit, celui-ci ne l'oublie pas pour autant... On comprend également que le sentiment ressenti par Jacques ne lui est pas propre : "ça arrive à tout le monde de se sentir invisible" mais il y a forcément quelqu'un pour qui on ne l'est pas !

Un joli voyage au pays de cet imaginaire enfantin qui ne meurt jamais tout-à-fait... pour peu qu'on garde en soi son âme d'enfant !

Décembre 2017

voir aussi "Une petite voix" de Patrick Olivier Meyer
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