Ceci est mon corps

Anthologie de six nouvelles

Rageot, 2020, 142 p.
Rageot, 2020, 142 p.

Le corps des femmes a été l'objet de multiples visions politiques, religieuses et sociales. Maintenant que la parole se libère un peu, on découvre qu'on a beaucoup de choses à dire sur ce corps. Six autrices se sont emparées d'une partie de notre anatomie afin d'analyser la façon dont elle est perçue.

 

Dans "Fibres de paille", Faïza Guène s'est attachée aux cheveux. Louise Mey a choisi de parler des seins ("Nichons ni soumis·e·s"). "Transition de genre" d'Anna Cuxac est le témoignage de Timothée, un jeune homme transgenre de vingt ans. Dans "Les gros bras", Ovidie raconte son harcèlement par un garçon du collège ("Il m'a répété jusqu'à la nausée que j'étais moche"). Lauren Malka s'attaque aux intestins qui se contorsionnent douloureusement quand l'angoisse s'invite ("Le ventre d'Intestine"). Enfin, Alizée Vincent a enquêté sur la façon dont les petites filles imaginent leur sexe à partir des mots qui le désignent, ou malgré les mots qui le transfigurent ("Le sexe et ses mots").

Mon avis :

Les textes sont très variés dans leur style (j'ai une petite préférence pour l'humour de "Nichons ni soumis·e·s" et le double point de vue mère/fils de "Transition de genre") mais assez similaires dans leur contenu: à chaque fois le ton est revendicatif, réflexif, et en même temps rassurant, apaisant.

 

Ce qui émerge tout d'abord de ces récits et témoignages, c'est le sentiment de honte ressenti par le·la jeune. C'est le cas de la narratrice de "Fibres de paille" avec ses cheveux crépus, ou encore d'Ovidie avec ses "gros bras". Cette honte qui procure tant de souffrance est, le plus souvent, causée par le regard des autres sur soi. Heureusement, avec le temps, "ça passe", on apprend "à se détacher" des jugements, des stéréotypes, de la pression du groupe, de la confrontation avec les images de "ce qu'il faut être". Peut-être parce que l'on se rend compte que l'on n'est pas seul·e à complexer ("Notre histoire n'est pas un cas isolé")!

 

J'ai eu du mal à adhérer à l'histoire "Le ventre d'Intestine" dans laquelle le mal de ventre chronique, souvent généré par le stress, est comparé à une pieuvre: j'ai trouvé l'écriture, imagée, un peu compliquée à comprendre. Par contre j'ai beaucoup aimé les témoignages de "Le sexe et ses mots" dans lequel des femmes racontent les circonstances de la découverte de leur intimité et du plaisir, et qui met au clair le vocabulaire qui y est lié (vulve, vagin, clitoris, lèvres...).

 

En fait, ce qui ressort de cette lecture, c'est qu'il ne faut pas "déclarer la guerre à votre corps": acceptons notre identité propre! Comme le dit si bien Emma devenue Timothée, "J'ai le droit d'être qui je veux, qu'importe mon corps et ce qu'on veut m'imposer". Assumer ses cheveux afro, ses (gros/petits) seins, son corps avec ses avantages et ses défauts, c'est afficher la liberté d'être soi. Alors, "aimez-vous"!

 

Patricia Deschamps, février 2022


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