Carrie

roman de Stephen KING

Livre de poche, 225 p.
Livre de poche, 225 p.

 

Carrie White, dix-sept ans, solitaire, timide et pas vraiment jolie, vit un calvaire : elle est victime du fanatisme religieux de sa mère et des moqueries incessantes de ses camarades de classe. Sans compter ce don, cet étrange pouvoir de déplacer les objets à distance, bien qu’elle le maîtrise encore avec difficulté... Un jour, cependant, la chance paraît lui sourire. Tommy Ross, le seul garçon qui semble la comprendre et l’aimer, l’invite au bal de printemps de l’école. Une marque d’attention qu’elle n’aurait jamais espérée, et peut-être même le signe d’un renouveau...

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Après avoir vu un documentaire Arte sur Stephen King, j'ai eu envie de revenir à ses œuvres de jeunesse. Je n'avais jamais lu (ni vu) le célèbre Carrie, tout premier succès de l'auteur en 1974, et le thème du harcèlement associé à un pouvoir latent me semblait prometteur. Comme de fait, j'ai tout de suite été happée par la montée en puissance de la tension du roman, de ce cocktail qui s'annonce explosif entre l'exaspération grandissante de l'héroïne et le réveil de sa télékinésie. Le récit, qui alterne entre action présente et extraits d'articles et d'ouvrages écrits après les événements et tentant de les expliquer, entretient parfaitement le sentiment d'imminence d'une catastrophe.

 

Carrie subit des brimades depuis des années. A la maison, elle vit seule avec une mère aux "conceptions religieuses spéciales" qui voit le Diable partout et lui impose toutes sortes d'interdits qui la font grandir à l'écart des autres jeunes. Pire, en cas d'écart de conduite, elle doit subir de longues séances d'enfermement dans un placard à prier. C'est à l'occasion de l'une de ces pénitences, à l'âge de 3 ans, que s'est déclenchée la première manifestation paranormale (une pluie de pierres sur la maison).

Au lycée, sa différence fait de l'adolescente un bouc-émissaire ("Elle a toujours été le souffre-douleur des autres"). C'est un incident dans les vestiaires du cours d'éducation sportive de Mle Desjardins qui va constituer la goutte d'eau faisant déborder le vase déjà bien plein de ses rancœurs.

 

J'ai trouvé la psychologie de l'héroïne très subtile. Au départ elle fait pitié, semblant intellectuellement déficiente (elle ne sait pas s'exprimer correctement, ne sait pas ce que sont les règles menstruelles, elle a un physique ingrat). Mais quand on découvre sa mère et son fanatisme, c'est davantage de la compassion que l'on ressent. Stephen King alterne les points de vue extérieurs (les autres) et intérieur (Carrie), apportant toujours plus de nuances à la situation et l'on se rend compte que la jeune fille n'est pas si stupide. Elle fera même sensation au bal.

J'ai également apprécié le personnage de Sue, "La Petite Susie-Star, la reine des reines, le dessus du panier", qui doit accompagner son amoureux Tommy le BG au Bal de Printemps mais, tiraillée par sa culpabilité envers Carrie, propose à celui-ci d'emmener plutôt la paria. Il y a une prise de conscience très intéressante chez Sue, qui en a assez de "se conformer" à son image, à ce qu'on attend d'elle. De même, Chris Hargensen la garce et Billy Nolan l'attardé révéleront une personnalité plus nuancée que la caricature première. 

 

La scène apocalyptique finale est peut-être moins impressionnante qu'espéré car très annoncée tout au long du roman. J'ai aimé l'ironie de la situation: la mère de Carrie, qui craint par-dessus tout l'Anté-Christ, voit celui-ci s'incarner dans sa propre fille ("C'est toi, suppôt du diable, sorcière, c'est toi qui fais tout cela"). A moins que, au contraire, elle ait toujours su que cela arriverait un jour, d'où sa ferveur religieuse... Il est en effet question d'un "gène TK" (télé-kinésie), souvent récessif, qui se transmettrait de génération en génération ("La mémé faisait balancer son fauteuil même quand elle n'était pas dedans")...

Ainsi, après s'être entraînée à maîtriser un pouvoir se déclenchant dans "les moments d'extrême tension nerveuse", Carrie bascule définitivement dans "la déraison", semant le chaos et la mort sur son passage. Le final marque l'apothéose de sa puissance insoupçonnée mais aussi de son supplice ("Ils ont fait souffrir Carrie pour la dernière fois")... jusqu'à la relève.

Patricia Deschamps, novembre 2020


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