Camille Claudel : Journal d'une apprentie sculptrice, 1877-1879

de Justine DUQUESNOY

- Elle possède deux qualités qui annoncent les génies : le talent et la détermination.

Gallimard jeunesse, 2021, 123 p. (Mon histoire)
Gallimard jeunesse, 2021, 123 p. (Mon histoire)

 

15 février 1878

"En plus d'un corps disgracieux, j'ai un autre défaut qui met en rage notre mère : je suis fascinée par la sculpture, mais cet art est réservé aux hommes. Une jeune fille peut s'intéresser à la peinture ou au dessin de fleurs, de paysages, mais je ne suis pas habile avec un pinceau. Moi, ce que j'aime, c'est sentir la matière que je travaille dans mes mains, malaxer la glaise jusqu'à obtenir une silhouette. Un corps, un animal, des muscles dans l'effort...".

 

(4e de couverture)

Mon avis :

"Je trouve fascinants les mouvements sensuels de la valse." (p.20)
"Je trouve fascinants les mouvements sensuels de la valse." (p.20)

Pauvre Camille! Quelle vie terrible elle aura eu! Ce journal intime se concentre sur ses 13-14 ans, âge auquel son talent a été remarqué, et pourtant sont déjà en germe tous les éléments qui constitueront son parcours.

"L'éducation d'une jeune fille de bonne famille", Camille n'en a que faire. Pour elle, seule compte la sculpture. Installée dans la cabane du jardin, les ongles terreux, elle se moque de son apparence et revendique avec impertinence cet art réservé aux hommes, ce qui lui vaut les incessantes humiliations de sa mère. Celle-ci, particulièrement méchante, la dévalorise constamment: elle la surnomme "la boiteuse" (Camille avait une jambe plus courte que l'autre), la juge laide, la lèse par rapport à ses frère et sœur. Son père, amateur de peinture, la soutient dans sa démarche... mais n'intervient jamais face à la mère ("Pourquoi mon père n'interdit-il pas ces injustices?")...

Alfred Boucher, sculpteur et directeur du musée de Nogent-sur-Seine où habitent les Claudel, est le premier à détecter le génie en devenir de l'adolescente ("Votre fille est un véritable Mozart de la glaise"). La prenant comme apprentie dans son atelier, il lui parlera de l'académie Colarossi, école d'art qui admet les femmes, et du bientôt célèbre Auguste Rodin ("Le fou qui sculpte des hommes nus"). Mais on n'en est pas encore là. Pour l'instant, Camille peaufine sa technique avec son projet de "David et Goliath" (j'ai apprécié les détails sur tout le travail préparatoire), encore pleine d'espoir pour la suite ("Je voudrais être une femme différente, libre de faire ce qu'elle souhaite sans se soucier des règles de la société et de la bienséance"), tout en étant consciente que "je dérange, je trouble" et que son défaut est de s'enfermer dans son petit monde ("Elle doit se montrer dans les lieux où les talents se retrouvent. Il faut qu'elle fréquente quelques soirées. Si elle reste cachée, elle ne se fera pas connaître"). Elle n'imagine pas combien il lui faudra parcourir "un long chemin semé d'obstacles pour atteindre mon rêve"...

 

Je ne pouvais bien sûr pas en rester là. Le livre propose une partie documentaire pour "aller plus loin" et l'on trouve facilement des articles sur internet. C'est la petite-nièce de l'artiste (petite-fille de Paul, le frère de Camille) qui l'a réhabilitée et fait connaître. La "passion compliquée" de la sculptrice avec Rodin l'a aussi bien servie que détruite: "Chacun perfectionnera sa façon de sculpter grâce à l'autre", cependant le maître s'est aussi accaparé le talent de son apprentie ("Les sculptures portent sa seule signature, selon l'usage en cours dans les ateliers"). Leur séparation marque la lente et inexorable déchéance de Camille qui tombe dans la psychose paranoïaque et vit "dans un désordre terrible". Internée par sa famille, elle passera le reste de sa vie enfermée et mourra sans sépulture...

C'était donc une lecture riche en découvertes, merci à l'auteure de ce livre jeunesse d'avoir attisé ma curiosité pour cette artiste!

 

Patricia Deschamps, août 2021


relations mère-enfant/ado
relations mère-enfant/ado
sur le même thème (les femmes et l'art)
sur le même thème (les femmes et l'art)

Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique