Aussi loin que possible

d'Eric PESSAN

- Prix NRP 2015/2016 -

- Sélection des Dévoreurs de livres 2016/2017 -

Jamais je n'aurais cru qu'il serait possible d'aller si vite et si loin

rien qu'avec mes jambes.

L'Ecole des loisirs, 2015, 137 p.
L'Ecole des loisirs, 2015, 137 p.

Avec Tony, on n'avait rien prémédité.

On a compté jusqu'à trois, on est partis, et on a couru droit devant.

Si on avait réfléchi, si on s'était concertés, si on avait pensé une seconde à ce que l'on allait faire, l'hésitation nous aurait certainement coupé les jambes.


Antoine et Tony, les fugueurs marathoniens, ont titré les journaux. Sur notre course joyeuse, il a été dit tant de choses. Les journalistes en ont fait un symbole. Avec Tony, on a laissé dire.

Les véritables raisons de notre course, on ne les a pas comprises sur le moment. Parfois, on fait des choses sans réfléchir et on en voit le sens bien plus tard.


Notre histoire, j'ai envie de la raconter maintenant. Pas pour rétablir la vérité, juste parce qu'en définitive il s'agit d'une très belle histoire.

Mon avis :

Un roman qui se traverse comme courent les deux héros : sans pouvoir s'arrêter.

Pas vraiment d'intrigue pourtant, seulement ces garçons qui courent - qui fuient ? - et nous happent dans leur élan. Et cette question lancinante : pourquoi ? Eux-mêmes ne trouveront un but à leur départ spontané qu'en fin du parcours. Une course effrénée nourrie d'images récurrentes : le visage furieux d'un père qui aime passer ses nerfs sur son fils, et une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) qui te conduit directement avec tes parents dans un avion. "On partage ça avec Tony : la peur".


Mais peu importe la destination, seul le voyage compte. Ce marathon-road movie, raconté du point de vue d'Antoine, est avant tout l'occasion d'observer autour de soi "ce monde délavé et fade que je traverse avec prudence". La cité où il habite, la zone commerciale, les traces de la pollution humaine, les lotissements avec "ces maisons qui se veulent toutes différentes et qui finissent par se ressembler", tout est prétexte à analyse. Antoine précise d'ailleurs que "si la cité avait été construite à côté d'une forêt, nous aurions cessé de courir pour nous promener en respirant le grand air et en contemplant la beauté des arbres. Là, encerclés par les magasins, rien ne pouvait nous donner envie de stopper. La laideur, parfois, on ne la supporte plus."


Les moments où les adolescents courent en pleine nature sont uniques mais trop brefs. Pourtant "le ciel décrasse les idées noires", l'océan fait oublier la peur, les cris, les engueulades, on ne pense à rien d'autre qu'au moment présent, savourant les sensations de la course dans son corps : "Respirer est un cadeau. (...) Je me sens terriblement vivant". Par opposition, Antoine est surpris de croiser sur son chemin autant de gens qui "portent en eux des fureurs immenses, venues d'on ne sait où, prêtes à exploser au moindre prétexte"... Les lieux, les individus : autant de prétextes pour méditer sur le fonctionnement de notre société et sur ses propres choix de vie.


Dès lors, à l'issue de plusieurs jours de cette course réflexive, une décision s'imposera naturellement aux deux garçons : agir pour changer ce qui ne va pas dans la leur. L'issue de l'histoire est un peu trop "happy end" pour être réaliste, mais a le mérite d'encourager l'action plutôt que la soumission, la prise de décision plutôt que la frustration.

Un roman d'initiation singulier, qui encourage à aborder la vie comme on entame une course : avec le désir d'aller "aussi loin que possible".

Août 2015

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