Dysfonctionnelle

de Axl CENDRES

Pas une seconde, pas une seule, je n'ai pensé que cette histoire, pourtant vraie, puisse être invraisemblable.

Sarbacane, 2015, 305 p. (Exprim')
Sarbacane, 2015, 305 p. (Exprim')

Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille "dysfonctionnelle", "qui ne marche pas comme il faudrait mais qui tient debout quand même". Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l'asile.

 

Mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie, entourée de ses six frères et sœurs aux prénoms panachés : Marilyne, JR, Dalida, Jésus... Cette tribu un peu foldingue demeure "Au bout du monde", le bar à tocards que tient le père dans Belleville.

 

A l'adolescence, la découverte de son intelligence précoce mène Fidèle à " l'autre " bout du monde : un lycée des beaux quartiers où les élèves regardent de haut son perfecto et ses manières populaires. Mais c'est aussi là que l'attend l'amour, le vrai, celui qui transforme...

Texte : 4e de couverture

Mon avis :

Une farandole hétéroclite de portraits savoureux, comme Axl Cendres sait si bien les faire !

La famille de Fifi est hors du commun mais elle ne l'échangerait "pour rien au monde". Chacun des premiers chapitres est consacré à l'un de ses membres, depuis le papa Kabyle constamment "au moment endroit, au mauvais moment" et la maman juive polonaise traumatisée par les camps de concentration et reconvertie au catholicisme, en passant par chacun des frères et sœurs, aussi différents les uns les autres que le préfigure la bande-son (des tubes diffusés en boucle dans le bar paternel) proposée en début d'ouvrage ! Ah j'oubliais la mémé Zaza fan des "Fous di l'émour" ("Les Feux de l'amour"!) et l'oncle expert en manœuvres "sychologiques"... Fifi elle-même n'est pas en reste : dotée d'une intelligence supérieure à la moyenne ("Ça veut dire qu'elle comprend plus de choses que moi ?"), fan de foot un peu garçon manqué ("Nous on la voit sensass, mais eux ils verront une grosse en blouson de cuir qui s'appelle Fifi"), elle se découvre très tôt homosexuelle ("Mélanie et moi, on a fait un smack"). Mais elle n'a pas son pareil pour harmoniser tout ce petit monde. Oui, les Benhamoud constituent une sacrée tribu, un sacré parcours, une sacrée vie (les habitués du bar font un peu partie de cette grande famille!), mais quelle ambiance !

 

En fait, on retrouve dans ce roman un condensé des précédents. Beaucoup de thèmes déjà évoqués réapparaissent : les maladies psychiatriques, la guerre, les familles d'accueil, le foot, la précocité... Rien de bien innovant donc, mais les fans d'Axl Cendres retrouveront tout ce qu'ils aiment chez cette auteur aussi atypique que ses héros. On soupçonne d'ailleurs, notamment avec l'épisode du "Mercredi Des Cendres", que Fifi emprunte beaucoup à sa créatrice... A mi-parcours, avec la rencontre de Sarah, l'intrigue s'enrichit d'une histoire d'amour mouvementée, parce qu'il faut à la fois faire accepter son homosexualité et sa différence sociale (Sarah vient d'une famille bourgeoise). Le récit, s'étalant sur plusieurs années, est à la fois une fresque sociologique et la quête d'un (fragile) équilibre personnel.

Un roman loufoque et aussi un peu triste, décalé mais émouvant, rempli d'anecdotes et de moments de vie, et en même temps porteur d'une réflexion plus profonde sur les relations humaines.

Mai 2016

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